Éditorial

Éditorial | Persécution politique et assassinat de caractère : les phrases à vendre

(TripFoumi Enfo) – La nuit en Haïti, dans notre tradition, est la partie du temps réservée aux chats, aux chiens, aux voleurs, « au maître minuit » et aux politiciens véreux. Les bêtes sauvages. C’est aussi le lieu de conte traditionnel. Et la journée, c’est pour les « Madan sara », les chauffeurs de taxi, les ouvriers, les écoliers, les étudiants, etc. Cette division du temps jadis n’est plus la même. Le temps, maintenant, est plutôt réservé aux sanctions internationales contre les politiques et les gens du secteur des affaires, dirait-on. La crise humanitaire et sécuritaire que traverse Haïti semble être un élément positif pour faire cesser le mal rongeur de la société. Après une pluie de sanctions internationales qui s’est abattue sur des hommes et des femmes de l’élite politique haïtienne, un espace est désormais habité par les sanctionnés pour pouvoir clamer leur innocence : la Presse.

Plus d’une dizaine de personnalités sont frappées par les sanctions prises par le Canada et les États-Unis pour avoir participé au financement des groupes criminels et armés en Haïti, dans le blanchiment des avoirs, entre autres. Ceux et celles qui possèdent des comptes en banque dans les pays susmentionnés sont interdits de réaliser des transactions jusqu’à nouvel ordre. Certains ne peuvent pas y mettre les pieds non plus. Le pont entre eux et leurs familles est pour le moment coupé.

Le politicien traditionnel haïtien, comme on aime à l’appeler, celui ayant occupé une fonction publique, dans son discours continuel, quand on lui demande des comptes sur sa gestion, met de côté la justice et se balade dans les médias afin de clamer son innocence, comme quoi, c’est la presse qui doit déterminer s’il est un ange ou un démon. S’il est Dieu ou le diable. Dans la presse, le refrain tourne en boucle : assassinat de caractère et persécution politique.

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Le politicien haïtien, un homme en transit

Comme cela a toujours été le cas, celui ou celle qui occupe un poste important dans l’administration publique haïtienne, se comporte comme un étranger sur la terre qui l’a vu naître et grandir. Sa famille est placée sous le ciel d’autres pays. Lui, un pirate né, il vit en Haïti comme un être en transit dans des maisons luxueuses, dans les hauteurs de Pétion-Ville. Il roule aux frais des malere. Le politicien haïtien détient un passeport étranger dans son portefeuille. Ça, on le sait tous. Au soir de sa vie, le politicien, pirate comme lui seul, part réjoindre sa belle famille sans donner des explications, aucune, sur sa gestion. On lui exige des explications, il brandit la fameuse réplique « persécution politique ».

Le couac est que le politicien traditionnel haïtien, comme un nullard, ne savait pas qu’un jour on allait couper le pont le liant à sa belle famille placée en dehors du pays, notamment aux États-Unis et au Canada. Le climat qu’il a lui même instauré en Haïti le rattrape et le met face à une réalité qu’il est incapable de dompter. Ce n’est ni les mains qu’il faut lever devant le mal ni la prière qu’il faut dans ce cas, c’est plutôt une confrontation plus conséquente, l’affronter davantage avec force, avec de nouveaux discours. Le politicien haïtien dans ses conciliabules appelle tout le monde à le voir comme un saint. On le sanctionne pour sa participation dans le mal du pays, il brandit la symbolique formule : « assassinat de caractère ».

« Persécution politique » et « assassinat de caractère », des assemblages de mots qui sont devenus de véritables refrains d’une mauvaise chanson jouée sur la note de la misère d’un peuple. Si ceux à qui le politicien haïtien avait l’habitude de rendre service en adoptant leur plan économique néolibéral, en luttant contre la culture paysanne et populaire, décident de lui tourner le dos, il est de bon ton, quand le temps de la sanction survient, que ce tueur de rêves soit aussi lâché par ce peuple qu’il massacre dans ses prières et par ses actes en faveur de son maître.

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