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Éditorial | Le paradoxe de l’insécurité : les bandits maintenant en danger

Depuis quelque temps, Haïti est devenue une jungle ou la loi du plus fort (des gangs armés) règne. Et comme dans toutes les jungles, la règle est claire : manger ou se faire manger, soit vous chassez soit on vous chasse, soit vous êtes le lion ou le mouton. Mais avec le temps, on comprend mieux que si le lion est roi, c’est à cause de ses griffes et de ses dents. Coupez-lui les griffes et les dents, vous aurez un chat. Et que dit-on des chats ? Ils ont peur des chiens…

Quelques mois avant, avec l’accélération des activités de banditisme, des centaines de familles ont été chassées comme des chiens de leurs maisons, laissant derrière elles des années de dure labeur, des rêves, des espoirs, etc. Nous avons vu un peu partout sur les réseaux sociaux des vidéos de bandits qui découpent en petits morceaux de paisibles citoyens.

Rappelons ce qui s’est passé le 12 mars 2021. Une opération visant à déloger le Gang “5 segond” du caïd Izo, opérant à Village-de-Dieu, a tourné au vinaigre. Avec un Bilan de cinq policiers tués et un autre porté disparu. Les cadavres des agents Ariel Poulard, Désilus Wislet, Eugène Stanley, Georges Renois Vivender, Lucdor Pierre ont été profanés et abandonnés aux bandits.

Deux années après cet évènement tragique, “Le drame à Village-de-Dieu ainsi que d’autres événements ayant coûté la vie à des policiers et civils s’inscrivent dans un complot ourdi par des acteurs de la communauté nationale et internationale en complicité des dirigeants au pouvoir et autres grands noms dans le secteur des affaires en Haïti”, dénonce avec force des membres de la population.

Haïti connaît l’une des pires crises sécuritaires depuis des décennies. Les gangs armés écument les rues, kidnappent, tuent, s’affrontent pour le contrôle de territoires, forçant les résidents des quartiers, jusqu’ici, épargnés, à fuir. Dans certains quartiers comme Frères et autres, les bandits ont donné aux habitants des ultimatums pour quitter leurs propres maisons.

Face aux assauts des bandits contre les citoyens, le ministère de la Justice et de la Sécurité publique avait publié un communiqué pour dire à la population haïtienne que la défense est un droit sacré. Dans ce communiqué de presse, rendu public le lundi 6 mars 2023, le ministère appelait les citoyens a organisé la défense de leur domicile. “Dans le cas où un individu armé pénètre chez vous avec violence, la loi vous autorise à vous défendre selon les prescrits des articles 272 jusqu’à 274 du code pénal haïtien”.

Puisqu’entre deux maux, il faut choisir le moindre, la population semble se résoudre à prendre son destin en main après que le coup d’envoi a été donné à Debussy lors même où des bandits ont tenté d’assiéger la zone. Ils ont été étonnés de voir que la réponse des habitants de ce quartier était aussi amer que le fiel. Et ce même jour, plus d’une dizaine de bandits ont été lynchés et brûlés à Canapé-Vert après que la police a procédé à la fouille d’un minibus.

Dans un article de notre rédaction publié le 8 octobre 2022 titré “Du Bois-Caïman au ‘Bwa Kale’, l’envie d’une révolution sans ‘RE'”, les mots semblaient faire appel à une révolution qui émanerait de la souffrance de la population, qui ne pouvait compter que sur elle-même. Nous avions rappelé que « Bwa Kale » avait vu le jour dans un contexte assez particulier, juste après l’annonce de la hausse des prix du carburant par le gouvernement en place. À l’époque, ce n’était encore qu’un simple slogan de plus qui aujourd’hui a évolué pour devenir un mouvement plus conséquent.

Nous l’avions dit dans cet article : “si Bois-Caïman avait provoqué la liberté des esclaves en leur ôtant les chaînes aux pieds, “Bwa Kale” devrait, lui aussi, entraîner une révolution de la conscience patriotique. Et c’est avec un sentiment patriotique que nous observons le mouvement “Bwa Kale” devenu une véritable source de motivation, un élément déclencheur dans la lutte contre l’insécurité. Un mouvement révolutionnaire qui prouve avec éloquence que “tout bèt jennen mòde” et voilà, il est venu le temps où le mouton peut renverser la situation face au lion.

Ce qui est paradoxale dans ces événements, il y quelque temps, les bandits chassaient dans la forêt et ont détruit même les arbres qui cachaient la forêt. Aujourd’hui, les chasseurs sont devenus des gibiers, ils sont chassés et ne peuvent compter même sur la plus petite des branches qui cachaient la forêt. voilà qui tombe bien, car le karma fait bien les choses, celui qui frappe par l’épée périra par l’épée.

Toutefois, on espère que ce mouvement s’organise de façon à ce que des innocents ne soient pas pris pour des cibles sur la base de stéréotypes. Quand on sait aujourd’hui qu’il est dangereux de passer dans un quartier voisin. Il est encore plus dangereux quand on porte des tresses, des tatouages, des boucles d’oreille. Voilà pourquoi “Bwa Kale” qui n’a pas vraiment une paternité, doit se structurer pour que ça ne se transforme pas en règlement de compte ou en guerre civile.

Si vous êtes de la vielle école, vous avez vécu l’époque des “tire kont”, des blagues, des audiences, des devinettes, des cache-cache, des cric-crac, des “Tim-Tim bwa chèch”, etc… Vous avez sans doute participé à des journées de mer et jouer à :

“Manman m te gon ti chat
li mare nan pye tab
pandan mal demare l
ti chat la grafonyen m…
anmiyan m kale ti chat
ti chat kale m
m kale li tou”…

Aujourd’hui, le peuple dit avoir marre de fuir, marre d’avoir peur de ces bandits, plus de pitié pour les bourreaux. Il est temps que ces bandits connaissent eux-aussi l’effet de l’insécurité. Qu’ils se sentent en danger d’avoir mis toute une population à genou. Nous avons vu trop de sang d’innocents couler. L’heure est venue où les coupables doivent payer pour avoir terrorisé tout un peuple, qu’ils soient des bandits ou des dirigeants, ils doivent avoir peur de nous, peur de se montrer au grand jour.

Vive Haïti ! Vive la liberté !
“L’union fait la force”

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