Le “Bwa Kale”, quelle image pour nos enfants ?

Le mouvement “Bwa Kale” est depuis l’indépendance le seul apte à inspirer une autre révolution en Haïti. Comme on peut le constater, “Bwa Kale” fait renaître l’idéal Dessalinien “liberté ou la mort”. Soit on se réveille pour dire non à l’insécurité, soit on laisse la peur nous emporter. Et comme on le dit souvent, la liberté ne se donne pas, mais se prend.
Ainsi, dans presque tout le pays, des membres de la population, plus affûtés que d’autres, se sont dressés comme un seul homme pour affronter les gangs armés. Munis de manchettes, de bâtons, de pierres, de poignards, ils se lancent à la chasse des bandits et alliés. Tuant, décapitant, brûlant quiconque se met au travers de leur chemin, bandits, suspects ou “innocents”.
On assiste à des scènes d’horreur, de violences extrêmes. Enfin, des actions dignes du cannibalisme. Sommes-nous prêts à subir les conséquences de ces atrocités ? Sommes-nous conscients que nos enfants vont payer le prix d’une manière ou d’une autre ? Que dire de la communauté internationale qui nous regarde, sur la base que nous ne pouvons vivre en autarcie. L’avenir dira le reste…
Toutefois, avons-nous besoin de faire subir tout cela à nos enfants ? Alors que des bandits ont été appréhendés par la population et se font massacrer au moyen de haches, de machettes, au vu des enfants de 2 à 17 ans. quelle image pour la génération à venir ? C’est une question controversée qui peut provoquer toutes sortes d’insultes envers celui même qui a rédigé cet article.
À dire vrai, “Bwa Kale” est une idéologie révolutionnaire, mais s’il n’est pas rapidement (prise) en main par les Forces de l’ordre (la police), cela va sans doute déboucher sur des choses plus graves. Si les vrais responsables du pays ne disent pas un mot, c’est sûr que demain sera pire. Si la conscience collective n’est pas non violente dans la mesure du possible, nous sommes foutus.
Car, à l’avenir, il faudra expliquer à nos enfants avec quelle cruauté de cœur que des membres de la population ont massacré certains bandits. On devrait leur expliquer comment faire pour décapiter des femmes qui avaient une relation avec des chefs de gang. Ils vont poser des questions sur ce qu’ils ont vu et entendu. Et comme dit Jean de La Fontaine : Quiconque a beaucoup vu peut avoir beaucoup retenu. Et malheureusement, on donne ce qu’on a. Imagine le futur du pays avec ses enfants.
Rappelons-nous que les enfants sont l’avenir du pays. Élever des enfants au milieu de toutes ces scènes de violences est préoccupant. Que peut-on attendre de l’Haïti de demain ? Au grands maux les grands remèdes, dit le proverbe, mais on ne peut pas faire avaler de grosses pilules à un enfant sans tenir compte du risque qu’il s’étrangle. Voilà pourquoi, on espère épargner nos enfants de ces atrocités afin qu’ils ne s’égarent pas des lois qui font de nous des êtres humains.
Cet article a un goût particulier dans la mesure où il se dresse devant la terreur des gangs armés qui terrorisent la population, encore plus devant la population qui pratique une forme de justice expéditive face aux bandits, sans tenir compte des retombées et dégâts que cela aura sur nos enfants. Sans prétention aucune, ce texte contient un grand message : un vieillard, même étant assis, voit plus loin qu’un jeune debout. Pour rappel, la violence engendre la violence.