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Laxisme des autorités dominicaines sur la construction du canal d’irrigation à Ouanaminthe et portée de la solidarité de la population haïtienne

À Ouanaminthe, les résidents et résidentes ont décidé de prendre sur leurs épaules le projet de construction d’un canal qui prendra source dans la Rivière du massacre. Ce qui a débouché sur des hostilités envers la République d’Haïti. Avant d’aller plus loin, le peuple haïtien avait recadré l’ancien président de la République Dominicaine Leonel Fernandez, en lui faisant savoir que la République Dominicaine n’a aucun droit d’exiger à la République d’Haïti de suspendre la construction du canal d’irrigation sur la Rivière du Massacre. C’est de l’impertinence, un manque de respect. Au passage, Haïti rappelle à la République Dominicaine que la République d’Haïti est un État de droit, un État SOUVERAIN. Haïti a toujours respecté le traité de paix, d’amitié perpétuelle et d’arbitrage de 1929 et le protocole de 1936.

La République voisine a toujours tenté de dicter et souvent même de faire du chantage à la République d’Haïti.

Le gouvernement de Luis Abinader s’est offert le luxe de jouer seul et en maître, de hausser le ton vis-à-vis de la République d’Haïti, de fermer la frontière haïtiano-dominicaine et de stopper nette le commerce binational, et aussi les visas accordés aux ressortissants haïtiens. Le 27 mai 2021, lors d’une rencontre entre le ministre de la République d’Haïti et son homologue dominicain, les représentants des deux pays avaient souligné : “Le droit des deux nations d’utiliser les eaux des rivières qui se trouvent dans la zone frontalière de manière équitable.”

Haïti doit commencer à se faire respecter. Haïti est en train de subir une agression et un acte d’intimidation. Aujourd’hui, la République d’Haïti doit profiter de cet affront pour redéfinir ses rapports commerciaux avec la République Dominicaine et prioriser les programmes agricoles et se donner pour mission de redynamiser son agriculture et atteindre l’autosuffisance alimentaire. Dans l’heure, Haïti doit diversifier ses rapports commerciaux, de telle sorte que la République Dominicaine ne soit plus l’un des partenaires les plus importants en matière d’échanges commerciaux. Haïti doit aller vers d’autres marchés pour acheter des produits qu’elle avait l’habitude d’acheter entre les mains de la République voisine pour qu’à l’avenir notre dignité ne soit plus traînée dans la boue.

La fermeture de la frontière avec Haïti a été dévastatrice pour la République Dominicaine, son commerce a chuté de 60% selon les dires de l’ancien président dominicain. Beaucoup de producteurs dominicains sont inquiets pour l’avenir de leurs entreprises, car ce sont des entreprises qui produisent uniquement pour la consommation des Haïtiens.
Plus de 300 000 unités d’œufs ont cessé d’être exportés vers Haïti par jour, soit 41 millions d’unités par mois, ce qui représente plus de 260 millions de pesos, sans prendre en compte d’autres produits dont les impacts sont encore plus importants. À souligner que l’année dernière les exportations de la République Dominicaine vers la République d’Haïti étaient estimées à plus d’un milliard de dollars. Haïti doit diversifier ses importations et ne plus dépendre du marché dominicain. Le gouvernement dominicain semble oublier que les deux occupants de l’île font du commerce, il ne s’agit nullement d’un acte de mendicité de la part d’Haïti.

Dans une note de rappel au calme et à la sérénité datée du 10 octobre 2023, le Collectif 4 décembre ayant à sa tête Jean Robert Argant, coordonnateur général, demande au gouvernement haïtien de fermer, mercredi 11 octobre 2023, la frontière avec la République Dominicaine en réponse à la décision unilatérale et impolie du président actuel de la République Dominicaine, Luis Abinader, de couper tout lien frontalier avec les Haïtiens, le 15 septembre 2023 ; ce qui restera gravé dans notre mémoire de peuple.

Le Collectif 4 décembre, tant en son nom propre qu’en celui d’organisations-sœurs, soutient l’idée qu’Haïti doit fermer immédiatement sa frontière avec la République voisine, et exige que ces mesures restent en vigueur :
1.- Les responsables de l’État haïtien et leurs homologues dominicains revisitent en urgence avec discernement, calme et sérénité le Traité de paix et d’amitié signé entre les deux parties le 20 février 1929 ;
2.- les responsables de l’État haïtien et la PNH accompagnent réellement la population du Nord-Est jusqu’à l’achèvement du canal qui permettra l’irrigation de la plaine de Maribaroux dans les normes et conditions stipulées dans le traité de 1929 ouvrant ainsi la possibilité de développer notre production nationale pour atteindre cette autonomie qui débarrassera notre pays de l’étreinte et dépendance alimentaire dominicaine.

Toujours d’après le Collectif : “Les dirigeants actuels de notre pays doivent finalement comprendre qu’ils ont tout à fait intérêt de satisfaire les attentes de la population en priorisant les avantages nationaux.”

La République d’Haïti et la République Dominicaine partagent une île, ce qui invite à comprendre que nous sommes condamnés à vivre ensemble et à l’avenir appelés à reconsidérer notre cohabitation et à discuter sur la nécessité d’avoir des relations sur la base du respect mutuel.

Rood Pierre Frantzdy PRIMÉ, citoyen engagé, étudiant finissant en Diplomatie et les Relations Internationales à l’Académie Nationale Diplomatique et Consulaire (ANDC)
[email protected]

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