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« XI, Tu n’existeras point », une satire sociale

La représentation de la pièce « XI, tu n’existeras point » sur les planches du restaurant Yanvalou, sis à l’avenue N, Port-au-Prince, le jeudi 16 novembre 2023, a créé un moment de vives émotions. Écrite et mise en scène par Artiscena, structure nouvellement fondée par des artistes de l’école d’art dramatique (ACTE), cette pièce projette un regard critique sur les réalités sociales en Haïti. Elle se veut le miroir d’une société ambivalente où des rêves se transforment en pure illusion. Cette représentation se veut aussi une satire sociale. Un texte qui interpelle.

Trois comédiennes sur scène : Micaelle Charles, Stéphanie François et Daphena Remedor. Vestes rouges, pantalons noirs, perchées sur des talons hauts, ces artistes présentent chacune le profil de jeunes femmes professionnelles déçues qui se cherchent encore. À tour de rôle, ces artistes racontent leur vécu, leurs expériences et proposent leur regard critique sur cette société dans laquelle les femmes sont exploitées sexuellement, sous-payées. Une société avec un système éducatif moribond et l’absence d’éthique dans l’exercice professionnel.

L’une est professeure, elle rêvait depuis l’enfance de devenir enseignante comme sa mère l’a été. Passionnée, elle voulait former, éduquer et transmettre ses connaissances à ses élèves. Toutefois, elle comprendra plus tard que le système éducatif haïtien ne produit pas des citoyens qui peuvent agir sur le réel et que leurs connaissances se mesurent à l’aune de leurs compétences linguistiques. Elle a pris du temps pour comprendre que le salaire d’une professeure est un salaire de misère. Nos enseignants peinent à joindre les deux bouts. Ici, cette profession est plutôt sacerdotale. Comme sa mère, la plupart d’entre eux finissent leurs jours au Sanatorium, le fameux centre sanitaire soignant les personnes atteintes de tuberculose.

Le public avait les yeux rivés sur ces trois artistes. L’assistance les suit dans leurs gestes et mouvements. Elle fait siennes les histoires de ces personnages. C’est aussi le vécu d’une journaliste qui enfreint toutes règles déontologiques régissant son métier. Elle faisait le jeu des hommes d’affaires et des politiciens de tout acabit, cherchant le buzz « zen » et se souciait peu de l’impact des informations qu’elle donnait. Elle culpabilise après, le fait qu’une adolescente s’est suicidée à cause d’une information qu’elle a donnée. Repentie, elle décide d’exercer autrement son métier et dénonce le manque d’éthique de ses collègues qui se servent du micro pour faire leur beurre.

La pièce « XI Tu n’existeras point » de Artiscena a marqué les esprits à Yanvalou. On apprécie encore cette communication qui obtient un poste dans une publique. Mais, elle ignorait que son corps appartient aussi à son supérieur. C’est bien la règle du jeu. À prendre ou à laisser, les professionnels sont le plus souvent contraints à accepter l’indécence ou à attirer bien des malheurs s’ils dénoncent cet état de fait.

La pièce « XI Tu n’existeras point », un miroir à travers lequel chacun peut se reconnaître. En dépit de petits glissements, les comédiennes ont su tenir le public en haleine. Pendant une heure, ces jeunes femmes donnent à voir les conditions de vie de nos enseignants et leur illusion, l’exploitation des femmes dans le milieu du travail et les dessous de nos médias. C’est tout un plaidoyer pour le changement de paradigme pour une société plus juste, pour la fin de l’exploitation des femmes. C’est le cri de nos dénonciations de l’exploitation du corps de la femme en échange du travail, et un appel à la Presse dans le cadre de sa mission qui consiste à informer et former et à prioriser les règles éthiques.

Dans cette représentation, ces jeunes comédiennes font preuve d’une présence sur scène. Elles bougent. Elles miment. Leurs gestes en disent long. L’autre est diplômée de communication. Ayant trouvé un emploi, à la faveur d’un oncle qui connaît les rouages de la sphère du pouvoir dans le pays, dans une boite publique, elle a été surprise de savoir que son diplôme importait peu. Et pour garder son emploi, elle doit accepter de vendre son cul, être exploitée sexuellement. Ici, rien n’est gratuit. C’est aux plus offrants. Éduquée, instruite et qualifiée, la femme doit être prête à donner son corps en échange pour trouver et garder un emploi.

” XI Tu n’existeras point “, un texte qui appelle à la réflexion.

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