Banaliser pour tenter de discréditer les gens, une tactique de défense de nos politiciens

Cette façon d’attaquer l’impact de certains problèmes en Haïti n’est pas nouvelle. Elle prend une ampleur qui dépasse l’attente des politiques haïtiens. Elle n’est pas contrôlée et n’a encore de réponse proportionnelle pour la freiner. Tout le monde s’y embarque. Pouvoir, opposition et hommes d’affaires s’y joignent pour se filer une place, ou se dépouiller de certaines accusations graves, denses et prouvables.

Depuis des lustres, lorsqu’on accuse un politicien d’un fait réprouvable, en lieu et place de présenter des preuves au grand public pour se laver de toutes allégations, ils se jettent dans une facilité qui, souvent, donne malheureusement le résultat escompté. Ils créent un dossier ou l’inventent de toute pièce, et ceci, par le biais de leurs proches supporteurs pour accuser en retour l’accusateur. Après, un scandale envahit la nappe médiatique et toutes les accusations sont vouées au cachot de l’histoire, pour un moment bien sûr. Personne ne peut oser redresser l’accusation portée contre le politicien, puisque l’accusateur est aussi accusé. Donc, il est décrédibilisé et son information est aussi discréditée et banalisée.

Des exemples récents approuvent cette pratique qui agit tous les jours sous le nez de ce peuple toujours berné. Lorsque le sénateur Jean Renel Sénatus avait rendu public son rapport duquel est sorti le nom de son collègue Garcia Delva, de connivence avec le chef de gang Arnel Joseph, au lieu de miser sur le fait qu’un sénateur ne doit pas avoir de rapport avec un bandit, les réactions sont concentrées sur la personne de Jean Renel Sénatus avec trois axes de motivation :

  1. Une dimension technique de l’affaire mal interprétée par les journalistes. Les discours sur les « 72 secondes » de communication entre Garcia et Arnel saccagent le public, avec la complicité de quelques leaders d’opinion. Qui, pourtant existe en télécommunication. Alors que l’éclaircissement de l’information n’a même pas été pris en compte.
  2. Arnel Bélizaire a fait venir un dossier vraiment banal qui a eu l’effet d’une bombe. « Garcia Delva a eu une aventure avec l’une des maîtresses de Jean Renel Sénatus. Furieux, ce dernier a monté tout un complot pour détruire la carrière de son collègue. » Démentir l’information n’a pas été capable de diminuer l’impact. Tout le monde en parlait. Si les autres propos d’Arnel Belizaire n’ont pas été pris au sérieux, pour quelques directeurs d’opinion, ceux-là sont d’une grande importance à leurs yeux, ainsi va notre République.
  3. Nombreux sont ceux qui partagent l’idée que Jean Renel Sénatus joue une carte de sympathie et de tendance pour rester actif, étant sénateur, afin de redorer son mandat. Et ceci, pour que les électeurs acceptent de lui donner un second mandat. Ce qui n’est pas mauvais, la politique a toujours été un jeu de popularité. Mais cet aspect n’a pas attiré l’attention. Tout le monde réduit Jean Renel Sénatus à un simple opportuniste. Il est même parfois considéré comme un fou, ainsi va notre pays.

Le débat, étant déplacé, a perdu toute sa chaleur, son importance, alors que cette affaire devait secouer toute la République où un sénateur en fonction, vice questeur du sénat serait de mèche avec un puissant chef de gang recherché par la police.

L’accusé est donc passé pour victime. L’accusateur, de son côté, devient bourreau et les victimes attendent encore justice qui peine à venir. Tout reste ici, car nous sommes à Haïti, un pays où l’impossible possible.

L’autre exemple qui peut servir pour expliciter notre niveau de cruauté est le moment où Pierre Espérance était invité à faire l’état d’Haïti devant le congrès des États-Unis. Depuis la désignation du défenseur des droits humains pour se porter par devant le congrès, des allégations de tout genre se renforcent pour atteindre sa personne. Le pire, après son retour du pays de l’oncle Sam, un conseiller du palais national a retiré d’un quelconque tiroir un lourd dossier qui lui aurait coûté son silence. Tout ça, pour décrédibiliser la personne et discréditer les informations.

Le pays va mal. Nous avons un peuple qui tarde à réfléchir sur des problèmes pressants, qui ne réfléchit même pas sur la véracité des informations et leur provenance. Il est berné par des allégations qui cachent la vérité. C’est bien triste, même si nous pouvons avoir en main des preuves tangibles, malgré cela, l’opinion peut nous condamner, voire même nous enterrer. Avoir raison ou tort en Haïti devient une affaire d’opinion publique surtout avec certains hommes au niveau de la presse qui se font passer pour juges, avocats entre autres, et tout ce qu’ils disent sont vrais peu importe le mensonge fabriqué, ils ont une formule magique de manipuler l’auditoire.

Alors, autant que nous admettons que le messager doit-être aussi crédible que le message, pour cette nouvelle année qui s’approche, nous devons mettre plus d’accent sur la justice que les propagandes. Car même la Bible, le livre des livres nous enseigne: la justice élève une nation. Seule la justice peut blanchir ou condamner les gens. Les autorités doivent cesser de faire de l’opinion des sorties de secours ni de la presse un tribunal. Il faut à la justice sa place, pour une société meilleure.

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