En pleine crise du Coronavirus, la population des Côtes-de-fer crache sa colère sur l’Etat

Malgré la crise du nouveau coronavirus, la ville des Côtes-de-fer est en pleine ébullition. Depuis le lundi 22 juin, un mouvement a été déclenché par des centaines de jeunes qui dénoncent la corruption qui envahit les bureaux de l’Etat de cette commune fondée en 1843. Le jeudi 25 Juin, la situation a pris une autre tournure. Plus rien ne bouge ! Kòtfè Lock !

Des centaines de gens, dont quelques rares portent des cache-nez, discutent entre eux. Ici, le coronavirus semble conjugué déjà au passé. Des jets de pierre et des pneus enflammés tissent la toile de fond des revendications de la population. Les boutiques sont fermées. Les petits commerces tournent au ralenti. A quelques mètres, après un caniveau, la mairie est verrouillée par des gens en colère. Juste en face, la seule voiture du commissariat de la ville est en marche. On ne remarque même pas les policiers qui semblent se noyer à travers la foule. La voiture semble être accompagnée par seulement le bruit de son moteur.
Le jeudi 25 Juin 2020, 10h 40 AM, la grande rue des Côtes-de-fer était en effervescence.

La manifestation qui se déroulait calmement a failli tourner au drame quand les manifestants ont été attaqués par des individus non identifiés, nous informe un témoin, la sueur au visage. Insultés, les protestataires ont répliqué. La résidence d’un citoyen de la ville indexé pour avoir plusieurs postes de l’Etat, a essuyé des jets de pierre des gens en colère.

« Ce mouvement vise à dénoncer la corruption et l’incompétence au niveau des bureaux de l’Etat aux Côtes-de-fer. C’est une jeunesse aux abois qui veut intégrer les institutions publiques. Ici, les recrutements se font sur une base partisane », dénonce Ralph Moïse, étudiant en droit à l’Université d’Etat d’Haïti. Ce citoyen engagé exige de l’Etat haïtien l’intégration de la jeunesse cotiferoise au sein des espaces décisionnels.

Depuis le lundi 22 Juin, sur les pencartes de ces manifestants qui sillonnaient les rues de la ville, les revendications étaient nombreuses. « Jenès la di aba koripsyon. Kote 11 milyon goud la ? Kote kòb abone DINEPA yo ? », sont entre autres, parmi les revendications. Après ce mouvement qui s’annonçait pacifique lundi, ces gens en colère ferment presque toutes les portes des institutions de l’Etat. De la mairie à la DINEPA, en passant par la DGI jusqu’à l’EDH, plus rien ne fonctionne.

Selon les manifestants, ce mouvement va durer jusqu’à ce que l’Etat haïtien entende leur voix. Ils réclament la révocation des citoyens qui gèrent plusieurs fonctions étatiques dans cette ville où les intégrations se font sur une base de clientélisme politique, disent-ils.

Même les ONG qui travaillent dans la communauté n’emploient pas les jeunes, malgré leur compétence, selon un professeur que nous avons rencontré sur les lieux. Il lance une mise en garde à toutes ces institutions afin de mettre en valeur les ressources locales. Si l’Etat ne prend pas ses responsabilités, annonce ce citoyen, il n y aura pas d’autres choix que de prendre la voie de la violence.

Alors que la crise du nouveau Coronavirus persiste en Haïti, cette population abandonnée à elle-même brave le danger. Avec la fermeture des institutions de l’Etat, c’est un clou de plus enfoncé dans la plaie de cette commune baignée au Sud par la mer des Caraïbes et qui souffrait de trop déjà. La réalité des Cotes-de-fer est loin d’être isolée. Ce qui se passe mérite une intervention d’urgence. A l’heure actuelle, seul le commissariat avec ses 4 policiers qui fonctionne aux Côtes-de-fer. Pourtant la population menace de le fermer bientôt, si le plus haut niveau de l’Etat n’intervient pas.

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