Dilapidateurs des fonds PetroCaribe : soyez des honnêtes voleurs !

Chers Pétro dilapidateurs,

Je taris l’encre de ma plume sur ce petit tas de feuille sèche pour vous dire ceci : il vous faut juger, c’est la nécessité de l’heure. Vous juger, c’est combattre la corruption. Vous juger, c’est assurer l’instauration de la démocratie en Haïti, sous sa triple forme économique, sociale et politique. Vous juger, c’est donner une leçon à la génération montante et aux PetroChallengers arpentant glorieusement la voie de la corruption, parce que ceux qui y luttent contre devraient être irréprochables eux-mêmes disait Vladimir Poutine (…), pour qu’ils ne renouvellent demain vos malversations. Vous juger, c’est libérer Haïti.

Je suis un homme libre, je ne suis d’aucun clan et d’aucun camp sinon que celui d’Haïti, je n’ai pas de candidat, et cela me donne une indépendance certaine quand je décide de flageller tous ceux qui comme des sangsues se sont abreuvés de l’ultime goutte de sang de l’Etat, tous ceux sans cœur qui ont eu intérêt à ce que le peuple haïtien soit sans logement décent, sans électricité, sans hôpital, sans école, sans eau potable de façon à ce qu’il ne flirte avec un minimum de bien-être. Rien n’est plus misérable que la condition de ces Haïtiens dans l’enfer des bidonvilles. Apparenté à ces gens qui sont en proie à tous les besoins de la vie, c’est un devoir de les défendre, de défendre leurs intérêts.

Pour plus d’un, avant l’Etat vous viviez dans des ajoupas méprisables. C’est le peuple qui vous a tirés dans la boue par les cheveux et qui vous a faits devenir quelqu’un. Comme récompense vous l’avez pillé. Soyez des honnêtes voleurs et remettez ce qui peut être remis ou honorez vos contrats, comme l’a suggéré l’ancien ministre de l’intérieur et des collectivités territoriales Thierry Mayard Paul. Oui oui, il existe des honnêtes voleurs. Fiodor Dostoïevski en a fait toute une plaidoirie dans sa nouvelle intitulée  » L’honnête voleur  », parue en 1848. C’est l’histoire d’un tailleur, ancien soldat, qui offre le couvert et le coucher à un ivrogne notoire par pitié. Ce dernier lui vole sa culotte de cavalier, nie le fait et quitte le domicile. Terrassé par la faim et la soif, tourmenté par sa conscience, il revient pour y mourir et à l’ultime spasme vers le trépas définitif avoue son acte. Je vous partage cette histoire parce que, comme Dostoïevski, je sens le mal venir de loin comme l’oiseau du ciel sent l’orage.

N’oubliez jamais que, vous avez dirigé le pays comme un patrimoine familier (Lherisson,1905). Si vous n’anticipez pas, le peuple va se révolter, vous foutre la raclée de votre vie. Il sait que se révolter, c’est dire non. C’est s’opposer, refuser (Kropotkine,1914). Alors, raisonnez avec humanité (Tchekhov, 1891). La raison est le principal instrument de l’émancipation humaine (Bakounine,1882). Elle vous permet de voir clairement vos défauts et de les reconnaître. Cela vous aidera à vous régénérer et à devenir un autre homme. Et n’oubliez jamais qu’un homme emporté par une passion trop forte perd la faculté de réfléchir (Goethe, 1774) et tout ce qui fait son bonheur peut aussi devenir la source de son malheur.

Vous savez ce qu’Albert Camus (1944), dans  »Lettre à un ami allemand » m’a appris de l’homme, du peuple, il est cette force qui finit toujours par balancer les tyrans et les dieux. Quant à Jean Fouchard (1972) dans  »Les marrons de la liberté », la souffrance d’aucun peuple ne dure éternellement. Karl Marx (1843), dans sa correspondance adressée à Arnold Ruge, me fait croire qu’aucun peuple ne désespère, et même s’il doit, longtemps, encore n’espérer que par sottise,viendra pourtant le jour, après de longues années, où, par soudaine intelligence, il comblera tous ses pieux désirs. Si vous croyez en Dieu, n’implorez pas sa protection. En tant qu’adepte de Mikhaïl Lermontov (1841), je suis sûr qu’il n’y a qu’un seul Dieu pour toutes les races, pour tous les peuples et que seuls les justes seront sauvés. Si vous n’y croyez pas, qui donc, aux dires de Mikhaïl Boulgakov (1968), gouverne la vie humaine, et en général, l’ordre des choses sur terre ? En tout cas, le peuple souvent s’érige en Dieu pour se rendre justice.

À cause du dossier PetroCaribe, ce peuple n’aura aucun problème de sucer le sel du chaos jusqu’à le vider. Tout ce beau monde soudé comme un bloc autour de ce dossier n’est pas prêt à lâcher du l’est, parce qu’il est celui de tous les enfants d’Haïti, de tous les adolescents, de tous les adultes, hommes et femmes, jeunes et vieux. Il est celui du paysan et du citadin, de l’ouvrier et de l’intellectuel, du noir et du mulâtre, du national et de la diaspora, du riche et du pauvre. Ce dossier rallie tous les fils et filles de la nation autour d’un seul combat, réunit en une seule pensée, une seule volonté, une seule vocation. Plus de 14 millions d’Haïtiens, désireux de savoir où sont cachés les milliards de dollars qu’ils remboursent et que leurs enfants auront probablement à rembourser jusqu’à la fin de leur vie pendant qu’ils n’en n’ont jamais vu les couleurs.

Ce dossier rappelle à chaque instant comment vous, appartenant à une flibusterie locale, avez détruit une alliance, qui aurait pu être heureuse, entre Haïti et le Vénézuela ; une alliance qui aurait pu porter en elle-même tous les espoirs et les certitudes à un peuple rongé par la faim, la maladie, la misère, l’analphabétisme et l’ignorance. Il
consolide la foi de tout un peuple dans sa marche irréversible vers une révolution morale, mentale, sociale, politique et économique. Quiconque osant s’ériger en votre chien de garde verra son ventre écraser par la roue de l’histoire. L’histoire est en marche, et même Dieu ne pourra l’arrêter. Les différents rapports de la Cour des Comptes et du Contentieux Administratif en sont une preuve irréfutable.

Messieurs, rentrez en vous-mêmes, interrogez vos consciences et dites-vous bien que vous avez causé beaucoup de tort à la République, et ceux-là qui vous ont encouragé à travers des propagandes ridicules telles que  » Bay Ayiti yon chans « ,  » Kite peyim mache » ne visaient que leurs intérêts au détriment de la collectivité.Ne cultivez surtout l’orgueil de l’ivrogne qui refuse d’avouer son ivresse, pour prêter les mots de Michel Soukar (2016) dans son roman intitulé  » Journal d’un révolutionnaire : l’âge du tigre ».Dites-vous bien qu’en dilapidant les fonds Petro Caribe vous avez laissé dans cette petite république tout un monde dans la crasse, dans la faim et que les vermines rongent à longueur de journée. Comme le grand journaliste haïtien des années 1940, Max Hudicourt, directeur du journal La Nation, eut à le faire, pardonnez tous les citoyens qui vous ont mis dans le pétrin en commettant une faiblesse parce que leur ventre avait résonné fort.

En vous écrivant ces lignes, je n’ai nullement l’intention de vous faire la morale. Je ne suis pas un saint, tous les saints sont au ciel. Je veux tout simplement suivre les traces de Ivan Bounine (1925), être l’orgueil de ma génération. Et je n’ai qu’une passion, celle de la justice, au nom de tous ces Haïtiens qui ont tant souffert et qui ont droit au bonheur. C’est pourquoi je fais mon devoir tous les jours et je me fie à Dieu pour le lendemain (Baudelaire,1887).

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