Discours du président Sténio Vincent, prononcé à l’occasion du 125ème anniversaire de la mort de Dessalines

Il y a cent vingt cinq ans, sous des balles haïtiennes,un homme tombait, victime de cette horrible convulsion politique de 1806 qui a ouvert, hélas! dans ce pays, l’ère à jamais maudite de ces agitations perpétuelles et de ces tueries répétées qui font de presque chaque page de notre histoire un tableau de misère, de ruine et de sang.
Et quel Homme!
C’était celui-là même qui venait de créer la patrie Haitienne, celui qui de l’abjection ou croupissait depuis trois siècles les ancêtres martyrs, les avaient élevés à la l’humanité par le fer et par le feu.

Cet homme est unique.
La haine l’a presque déifié, et la vengeance l’a grandi.
Haine faite d’amour,
vengeance faite de justice nécessaire.
Mais l’histoire est venue.
L’histoire est chose humaine.
Du moment que Dessalines y était entré, la fonction critique de l’historien devait s’exercer sur ce héros.
Son oeuvre a été apprécié et jugé,

L’action immense a engendré deux écoles historiques.
La première fait le départ entre Dessalines et Jacques 1er.
La seconde confond le héros et l’Empereur.
La première est plus scientifique.
La seconde est d’ordre sentimental.

Mais il faut prendre parti.
Il n’y a pas moyen de rester habilement campé sur une frontière calculée.
Toutes les idées Dessaliniennes sont devenues, dans le peuple, un sentiment universel. Et Le peuple admire sans réserve.
Il a fait de l’homme un symbole.
Symbole de foi et d’espérance, symbole des gloires du passé, symbole de la grande oeuvre destructrice du régime esclavagiste.
Il est bon qu’il en soit ainsi et que ce sentiment utile l’emporte quelquefois sur la grave raison historique, méticuleuse et froide.

Dessalines est un bloc.
La clarté de l’aube nouvelle qui se lève l’éclaire d’une incomparable et saisissante lumière, tandis qu’elle rapproche, en des perspectives édifiantes, l’une des plus formidables aventures des anales du monde.

Elle nous montre, mieux peut être qu’avant- à cause d’une sensibilité avivée par les plus douloureuse épreuves nationales-comment la volonté implacable de l’homme dressa les masses héroïques pour les suprêmes victoires de la justice, et tout ce qu’a pu accomplir sa vaste énergie tumultueuse pour que jaillit, comme un miracle, la cohésion des phalanges éparses et que se réalisât le grand effort spontané des disciplines nécessaires en vue du triomphe final des forces inattendues d’un idéal nouveau de liberté humaine.

Debout aujourd’hui autour de ces grands souvenirs, le peuple Haitien confronte les gloires et les défaillances de son passé et les devoirs délicats que lui impose la charge d’un lendemain meilleur.

Il n’y a pas a hésité au carrefour tragique ou nous sommes. La route à suivre desormais – et qui s’ouvre très large devant nous est celle qui conduit aux réalisations vitales, quoique souvent obscures de la paix, par le développement incessant de toutes nos activités intellectuelles, économiques et sociales,et qui nous oblige du même coup à nous écarter pour jamais des déplorables sentiers que nous avons battus pendant plus d’un siècle.

C’est l’Empereur lui-même qui nous y convie, puisque c’est son oeuvre qu’il s’agit de sauver, c’est lui qui nous demande, c’est lui qui nous commande,-car il reste le chef et veille sur les destinés de son peuple- d’édifier notre histoire avec des matériaux plus sûrs, pour la sauvegarde même de cette indépendance qu’il nous a donné et que nos erreurs et nos fautes ont failli compromettre.
C’est dans ce pacifique esprit de progrès et de civilisation que la patrie Haitienne reconnaissante apporte aujourd’hui des fleurs à son immortel fondateur.

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