Étudiants aux Gonaïves; les véritables perdants

(TripFoumi Enfo) – Depuis plus de 5 mois, un conflit ouvert existe entre le Rectorat de l’Université d’État d’Haïti et les dirigeants de l’École de Droit et des Sciences Économiques des Gonaïves (EDSEG). Mais personne n’aurait jamais réfléchi sur les mobiles qui ont poussé le rectorat à prendre des mesures draconiennes contre l’EDSEG et aussi les raisons réelles qui conduisent les dirigeants de l’EDSEG à se rebeller contre ces décisions et pourquoi ont-ils pris comme façade la non conformité de la circulaire nommant les membres du comité de restructuration en violation des règlements de l’école.

En effet, dans le cadre de mes réflexions sur la situation, je me pose certaines questions: est-ce qu’il y a un règlement qui prévoit comment et quand doit-on organiser les élections?
Si oui, pourquoi les dirigeants ne les ont jamais organisées, laissant un conseil à vie à la tête de l’EDSEG? Pourquoi les règlements ne sont pas communicables ou connus de tous et de toutes ?
Quel problème y a-t-il réellement ? Une violation de règlements ou la défense des intérêts mesquins?

J’adopte dans ma grille méthodologique, l’analyse des circulaires responsives entre les deux entités depuis l’éclatement du conflit, ensuite me focaliser sur le fond de l’affaire après une enquête menée auprès de 22 étudiants résidents tout en leur accordant le couvert de l’anonymat et sans donner ni au rectorat et aux dirigeants de l’école un blanc seing.


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En effet, en date du 13 août 2020 est apparue une circulaire du Rectorat, laquelle avise le public en général et la communauté estudiantine en particulier qu’une commission de restructuration, présidée par Me Dufrene Guillaume, est établie à la tête de l’EDSEG pour dresser les dérives. Par ailleurs, si le comité porte le nom de « comité de restructuration », il convient d’analyser son importance, son utilité au sein de l’EDSEG. Pour le faire, une analyse sémantique du mot, s’avère être importante dans ce travail. D’abord, restructurer signifie remettre de l’ordre, réorganiser, arranger une nouvelle fois. Ainsi, il y a restructuration là où il y avait quelque chose qui va de mal, des dérives, des problèmes gravement constatés. A cet effet, l’EDSEG mérite-elle une telle commission ?

Nul besoin d’être un étudiant surdoué pour comprendre que l’enseignement aux Gonaïves ne respecte pas les normes académiques et pédagogiques pour une étude universitaire sérieuse. L’organisation des examens en est un exemple marquant; pas de rigueur dans la surveillance, pas d’atelier de travail et d’écriture etc. Mais, cela n’empêche pas qu’elle se forge à donner mieux d’elle-même, à former des hommes de représentation, qui ont su lors de leur étude à faire des efforts personnels pour leur développement intellectuel. Briguer un poste, ne veut pas pour autant dire que l’enseignement de l’École se fera avec rigueur. Par conséquent, l’idée de mettre une commission pour corriger ces dérives par le rectorat est bienvenue. Cependant, en référence à la résolution responsive en date du 30 septembre 2020 de l’EDSEG sur la nomination de cette commission, la qualifiant «d’arbitraire », souligne que dans le règlement intérieur de l’école, qu’il est interdit de nommer unilatéralement un quelconque comité et de ce fait, l’élection est la seule voie possible pour prendre la tête de l’EDSEG. Entre temps, ils n’ont jamais communiqué aux étudiants les règlements au nom desquels ils réclament le retrait de la commission de restructuration.

Au regard de cette résolution, je décèle d’une part du côté du Rectorat un problème majeur; il agit seul, unilatéralement, alors qu’un tel problème doit être abordé avec un large consensus, c’est-à-dire le modus operandi peut être trouvé ipso facto par la mise en exergue du modus vivendi. Toutefois, il faut reconnaître qu’en situation de crise, quand il y a péril en la demeure, des mesures d’urgences doivent être prises avec beaucoup d’accélération pour protéger l’intérêt général. D’autre part, je décèle du côté des dirigeants de l’EDSEG trois points d’ombres ; Premièrement, ils font valoir que l’élection est la seule voie pour prendre la tête de cette école alors qu’ils n’ont jamais organisé les élections, les dernières élections ont eu lieu en 2008, depuis lors ce sont les mêmes personnages qui détiennent la tête de l’école; deuxièmement ils disent qu’ils sont d’accord pour la restructuration de l’école alors que depuis leur établissement ils n’ont jamais tenté de restructurer l’institution; troisièmement ils ne sont pas cohérents dans leurs prises de décisions, car voulant revendiquer que l’EDSEG n’est pas sous la tutelle du rectorat et en même temps chaque circulaire responsive porte l’entête de l’université d’État d’Haïti, c’est faire preuve d’incohérence, c’est bannir les dispositions du décret du 23 janvier 1969, lequel fait l’école de droit une école publique, placée sous la direction du Rectorat. En outre, la circulaire du 21 septembre 2020 était précise, elle avait interdit l’évaluation prévue pour le mois d’octobre et les soutenances de mémoire pas avant l’installation de ladite commission. Par ailleurs, cette situation de trouble les a obligé à s’asseoir avec le rectorat sur la crise en date du 24 septembre 2020. Et de fait, dans le compte rendu publié par le rectorat, dans la septième section, soit le premier paragraphe, que les dirigeants de l’EDSEG se sont entendus à contribuer à relever l’image de l’école et à l’installation de la commission. De là étant, une autre gaffe va être causée; ils ont procédé à l’installation d’un autre conseil exécutif à la tête de l’EDSEG, fait non prévu par les règlement intérieurs de l’école. En clair, ils reprochent le rectorat pour la violation des règlements pendant qu’ils les ont piétinés eux-mêmes. Finalement, défendent-ils les intérêts des étudiants ou leurs propres intérêts ?

Comme je l’ai déjà mentionné dans le deuxième paragraphe, dans le cadre de ma recherche sur la crise de l’école, 22 étudiants résidents ont été interviewés dont 9 du département des sciences juridiques, 7 de l’économie et 6 de l’AES. Ils ont tous orienté leur réponse dans le même sens. Selon eux, le refus de l’installation de la commission de restructuration est d’ordre d’intérêt économique. En effet, depuis l’implantation de cette institution aux Gonaïves, l’assiette financière de cette commune augmente de plus en plus. L’institution devient une source génératrice de revenus pour les Gonaïviens et profitables à divers secteurs; les propriétaires d’hôtel, de restaurants, les marchands, les photocopieurs, les agents de recharge de téléphone etc. Quant aux propriétaires d’hôtels, leurs revenus sont exorbitants et par conséquent toute restructuration baissera le taux d’étudiants admis et entraînera automatiquement une baisse considérable du revenu des hôtels et d’autres secteurs de l’économie Gonaïvienne, ont-ils ajouté. Je leur ai posé (les interviewés ) cette question : qu’est ce qui explique que la faculté a une génératrice qui peut alimenter toutes les salles de cours tandis qu’il n’y a q’une partie qui est alimentée en électricité ? Ils m’ont répondu en ces termes: « si gen enèji pou etidyan chaje telefòn, kòman nèg ki devan yo ap fè kòb?, yo pap gen nesesite pou chaje telefòn devan anko ». Ainsi dit, la restructuration de l’école fera tort à de nombreuses couches de la communauté Gonaïvienne. Mais, à côté de ces couches bénéficiaires, s’ajoutent malheureusement des étudiants qui connaissent bien l’ampleur de la crise mais ont fait choix volontairement de s’appuyer au côté des dirigeants de l’EDSEG. Ils n’ont pas la même préoccupation que nous (étudiants qui veulent terminer leur étude de 1er cycle sans contraste), ils bénéficient l’argent d’intégration, de badges et des activités parascolaires. Tandis que, dans cette situation de crise, seul un front commun peut nous sauver. Le rectorat reste ferme sur sa position, et l’EDSEG de son côté radicalise la sienne de plus en plus. À l’heure actuelle, le rectorat ne reconnaît pas les examens subis les mois antérieurs et n’appose sa signature sur aucun papier venant de l’EDSEG, alors que les dirigeants de l’école réconfortent les étudiants en les faisant croire que les décisions du rectorat ne seront pas effectives, pensant que ce dernier fera marche arrière.

Ainsi, entre ces deux camps qui sont en train de se battre, seuls les étudiants paieront le pot cassé. Ils sont les véritables perdants. Pour se sauver de cette bataille, nous devons crier haut et fort, prendre notre destin en main et dénoncer ce qui mérite d’être dénoncé. Je fais le mien et j’assume ma responsabilité malgré les menaces qui me sont venues d’horizons divers. Mais, je pense qu’il est le devoir de chaque citoyen de contribuer au bonheur de sa patrie, de son institution.

Vive Gonaïves, vive EDSEG.
Slovens SAINT-MICHEL, étudiant en droit

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