Le modèle politique anti-paysans de Jovenel Moïse : ambivalence et incohérence du pouvoir au détriment d’une caste marginalisée

De toutes les colonies françaises du XVIII ème siècle, celle de St-Domingue a été la plus prospère grâce à sa vocation agricole. Remportant la bataille de vertière, la partie l’Ouest devient une colonie indépendante le premier Janvier 1804. Son nom : Haïti.

Deux siècles après, le pays reste toujours à vocation agricole. Tout au long de son histoire, l’instabilité politico-économique et la mauvaise gouvernance l’empêchent d’emboiter le pas vers le développement.

En effet, l’élément qui influence le plus directement le potentiel de production agricole d’un pays est la disponibilité des terres arabes. La terre constitue la ressource sans laquelle il ne peut y avoir de récolte, d’élevage ou de foresterie. Ainsi, le potentiel d’expansion des superficies cultivées est l’un des principaux aspects à prendre en considération dans la planification de l’agriculture nationale.

En Haïti, les gens utilisent le mot paysan-ne comme concept pour désigner une personne vivant à la campagne et qui mène une activité agricole. Il(le paysan) peut adopter ou subir une économie de subsistance. il façonne son environnement et son paysage par ses différents prélèvements, plantations etc. Par contre, Pierre Bitoun nous montre que : « ce sont essentiellement des petits producteurs marchands qui vivent et produisent pour dégager un revenu de leur activité, et aspirent à conserver leur indépendance au sein des structures sociales précapitalistes ». Par rapport à cette définition, demandons-nous si le modèle politique du président de la république d’Haïti n’est pas une politique anti-paysanne vue l’arrêté du 8 février 2021 autorisant à Savanne Diane, communes de Saint-Michel de l’Attalaye(Artibonite), Maissade(Centre), Pignon et Saint-Raphael(Nord), de la Zone Franche Agro Industrielle d’exportation dénommée « Zone Franche Agro Industrielle de Savanne Diane »ʔ Alors, une analyse approfondie s’avère la lumière.

Le silence, c’est la mort. Et toi, si tu parles, tu meurs. Si tu te tais, tu meurs. Alors parle et meurs (Djaout, 1993). Zone franche, les néolibéraux utilisent ce concept pour désigner une zone géographiquement d’un pays présentant des avantages fiscaux afin d’attirer l’investissement et de développer l’activité économique. Maintenant, la question à poser est celle-ci : peut-on développer une activité économique dans un pays (l’économie est kidnappée et tuée d’après Wilems JOSEPH) au détriment des fils et des filles de ce pays ? comment voit-on le monde rural haïtien ?

Haïti est le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental, avec un Indice de développement humain (IDH), qui le classe 145ème sur les 173 pays recensés. Entre 2005 et 2010, l’IDH d’Haïti ne s’est pas amélioré et est resté au même niveau. Les trois quarts des habitant-e-s vivent en dessous du seuil de pauvreté de deux dollars par personne par jour. 60% de la population haïtienne vit en milieu rural. La pauvreté y est plus importante : 54% de la population rurale contre seulement 12% dans la zone métropolitaine et 18% dans les autres zones urbaines. Les terres cultivées se caractérisent par leur exiguïté : la moyenne des exploitations agricoles est de 1,46 ha. Cette exiguïté « constitue l’une des contraintes de l’agriculture haïtienne dans la mesure où elle restreint les possibilités de remplacement de la main d’œuvre par l’équipement mécanique.
Ceci limite à un bas niveau la productivité par unité de mains d’œuvre et par conséquent le revenu des ménages ».

Une étude d’Oxfam Amérique de 2012, évoquant à propos de la filière du riz haïtien, « l’incohérence des politiques agricoles et commerciales nationales », regrettait « l’ambivalence de la politique nationale concernant la promotion de la production et la consommation du riz national ». Et de se demander « si l’objectif principal de ces politiques haïtiennes est de promouvoir ou de punir la production nationale » ? En réalité, les politiques agricoles et commerciales mises en œuvre à Haïti par les gouvernements et les institutions financières internationales, ces quarante dernières années, sont cohérentes avec le but qu’elles se sont, plus ou moins ouvertement, assigné : en finir avec la production agricole paysanne et avec la paysannerie .

L’agriculture haïtienne est pauvre, peu productive et peu compétitive. Tous en font le constat plus ou moins amer. Cependant, l’affirmation répétée de cette faiblesse structurelle risque de transformer les conséquences de choix politiques en fatalité. En réalité, comme le soulignait déjà, en 1988, Marc Dufumier, « la paysannerie haïtienne a su mettre au point des systèmes de production agricole parfaitement adaptés à la précarité de ses conditions économiques ». Loin donc d’être irrationnelle, ces pratiques agricoles étaient cohérentes et adaptées à leur environnement. Le problème est que celui-ci a changé dramatiquement.

Outre, il faut stopper la politique « Haiti is open for business » mise en place par le gouvernement de Martelly (un projet échoué mais continuer par le président Jovenel MOISE de manière indirecte). Les paysans-nes de Savanne Diane, communes de Saint-Michel de l’Attalaye(Artibonite), Maissade(Centre), Pignon et Saint-Raphael(Nord) doivent se mettre debout contre ce projet qui, avec le temps aura une conséquence néfaste sur non seulement l’économie du pays mais aussi sur le capital social, économique, culturel et le capital symbolique de la population. Accepter « Zone Franche Agro Industrielle de Savanne Diane » C’est confirmé l’idée de départ qui est : la paysannerie haïtienne n’a pas d’avenir. De plus, Le calcul était simple sinon simpliste. Une majorité de paysans devait quitter une agriculture dépassée pour se transformer en ouvriers de zones franches (Thomas, 2016). Force est de constater, une minorité d’entre nous s’oppose totalement à ce projet et qui justifie la phrase de ROUMAIN « le nationalisme haïtien a eu donc ses racines dans la souffrance des masse, dans leur misère économique accrue par l’impérialisme et leurs lutte contre le travail forcé et la dépossession ».

Par ailleurs, les gens qui vont travailler dans ladite zone franche pour trouver un salaire pourtant, Marx nous montre que : Le salaire n’est donc pas une part de l’ouvrier à la marchandise qu’il produit. Le salaire est la partie de marchandises déjà existantes avec laquelle le capitaliste s’approprie par achat une quantité déterminée de force de travail productive. D’autres en plus, le capital (économique) se compose de matières premières, d’instruments de travail et de moyens de subsistance de toutes sortes qui sont employés à produire de nouvelles matières premières, de nouveaux instruments de travail et de nouveaux moyens de subsistance. Toutes ces parties constitutives sont des créations du travail, des produits du travail, du travail accumulé. Le travail accumulé qui sert de moyen pour une nouvelle production est du capital.

En fin, Si donc le revenu de l’ouvrier augmente avec l’accroissement rapide du capital, l’abîme social qui sépare l’ouvrier du capitaliste s’élargit en même temps, la puissance du capital sur le travail, l’état de dépendance du travail envers le capital grandissent du même coup. Dire : l’ouvrier a intérêt à un accroissement rapide du capital, cela signifie seulement : plus l’ouvrier augmente rapidement la richesse d’autrui, plus les miettes du festin qu’il recueille sont substantielles ; plus on peut occuper d’ouvriers et les faire se multiplier plus on peut augmenter la masse des esclaves sous la dépendance du capital. Alors, comment qualifier un président qui, au départ stipule que : M ap met manje nan bol nou, m ap met lajan nan poch nou… et une fois arrivée au pouvoir 4ou5ans plus tard déclarant Savanne Diane comme zone franche au profit d’une classe économiquement supérieure, politiquement puissante et socialement dominante, n’est ce pas de l’ambivalence et de l’incohérence?

John Mekinson ENEZER, étudiant en Anthropo-sociologie, certifié en gestion de crise.

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