C’est dangereux de vivre en Haïti, selon Lyonel Trouillot

L’invité de Thierry Fiorile sur France Info, le romancier et poète a fait le point sur cette crise qui sévit dans la première République Noire du monde. Le journaliste et professeur de littérature n’a pas caché sa déception vis-à-vis du président décrié par la population. TripFoumi Enfo vous apporte l’intégralité de l’entrevue.

France Info : La période actuelle est-elle la pire qu’ait connue Haïti ?

Lyonel Trouillot: C’est l’une des pires de son histoire certainement, mais en même temps, si les revendications populaires finissent par triompher, c’est aussi la possibilité de penser Haïti autrement et d’orienter la société haïtienne vers plus de liberté, de justice sociale et de démocratie. Nous sommes à la fin d’un système qui ne peut plus produire de consentement. Cette société est fondée sur des inégalités sociales inacceptables, donnant quasiment tout à un petit groupe, et quasiment rien à la majorité. Les gens n’en veulent plus et le seul recours du pouvoir actuel contre cette volonté générale, c’est la répression. On vit une orientation vers des pratiques dictatoriales qui sont de plus en plus criminelles, assassines et inquiétantes.  

France Info: Au quotidien l’insécurité est totale ?

Lyonel Trouillot: Elle est terrible, en particulier dans les milieux populaires, où il y a de plus en plus d’actes de répression, on parle de plus en plus de la transformation de la police nationale en un corps de Tontons macoutes (de l’ère Duvalier).  

France Info: Le départ de Jovenel Moïse est indispensable ?

Lyonel Trouillot: Je le crois, et cette demande est quasiment exprimée par tous. Mais nous sommes entrés dans une période de pourrissement, le président s’accroche au pouvoir et en même temps, il n’a aucune possibilité de produire du consentement.  

On a l’impression que la communauté internationale est aveugle 

Aveugle et peut-être sourde… Nous, Haïtiens, sans être paranoïaques, on se demande s’il n’y a pas deux poids, deux mesures, et quelque chose qui serait de l’ordre du racisme dans le traitement de la question haïtienne par la communauté internationale. Aussi bien par la presse que par les États, il est extrêmement douloureux pour un Haïtien d’entendre qu’à Hong Kong, un militant pro-démocratie a été tué, alors qu’ici nous avons des massacres réguliers.

Il y a vraiment quelque chose d’inquiétant, cela ne renseigne pas sur la réalité haïtienne mais sur les problèmes de l’Occident avec lui-même, dans sa perception de la réalité des choses.

Des amis français ont rédigé une note, tous les jours ils me disent le mal qu’ils ont à trouver des médias pour publier leur tribune. Et ce sont des écrivains, des comédiens, des gens plutôt connus, mais ce qu’ils disent ne semble intéresser personne. 

France Info: Vous avez fait le choix de rester en Haïti, c’est un choix courageux, c’est dangereux…

Oui, c’est dangereux de vivre ici, concernant ceux qui partent, je comprends tout à fait ceux qui disent : je n’en peux plus, mais on ne peut pas construire un pays en le fuyant, et si la France peut aider, il n’y a qu’une façon de le faire, c’est d’accompagner le mouvement revendicatif.

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