« Dans les Lakous et il nous a quittés » : les internautes pensent qu’il y a faute, Jovenel, est-il correct ? Précision!

Suite à l’annonce publique du décès d’Anthony Pascal, dit Konpè Filo, le président Jovenel Moïse a présenté ses mots de sympathie à la famille ainsi que les proches du défunt ce 31 juillet via son compte Twitter. Pour les internautes des mots seraient mal orthographiés.
Quelques petites leçons de grammaire pour mettre fin à ce débat jugé inutile.

« Un mapou est tombé, et la douleur est ressentie dans tous les « lakous ». Konpè Filo, de son vrai nom Anthony Pascal, nous a « quittés ». Nous perdons un grand promoteur de notre culture. Je m’incline devant sa dépouille et présente mes sympathies à sa famille et ses compagnons de route. » peut-on lire dans le Tweet du locataire du palais national.

Les internautes qui n’ont pas tardé a réagir partout sur la toile soulignent fermement que « Lakous » et « quittés » n’auraient jamais du s’écrire avec « s ». « Pour une énième fois, le président prouve qu’il n’a jamais su maitriser les notions de base de la grammaire française, une des deux langues officielles du pays, », peut-on lire sur facebook dans l’un des innombrables commentaires.

Dans tous les « Lakous ». Quelle est l’orthographe grammaticalement correcte?

En francais, les noms empruntés forment leur pluriel en ajoutant un « s », comme la majorité des noms français. En effet, dans les rectifications orthographiques de 1990, on a proposé de traiter les mots empruntés comme des mots français, en n’utilisant plus la marque de pluriel propre à leur langue d’origine. Ex : « spaghetti » dont le pluriel est « spaghetto » selon son origine italienne, est devenu « spaghettis » en ajoutant tout simplement un « s ».

Précisons, ici on parle de mot d’emprunt. Peut-on considérer « Lakou » comme un nom français emprunté à la langue créole ? La réponse est malheureusement non. Car, pour parler de mot d’emprunt, il faut qu’inévitablement que le mot étranger en question intègre la lexique de la langue qui l’emprunte. C’est le cas du mot « Weekend », d’origine anglaise, qui fait maintenant partie de la lexique française. D’où les termes : anglicisme et américanisme.

Dans le cas de » lakou », sachant qu’il est du créole et qu’il n’a jamais été emprunté par le français, il est grammaticalement incorrect qu’il porte la marque du pluriel dans une phrase française. Exemple “ Pitit Kay”. Alors, le president aurait du tout simplement le mettre entre les guillemets sans l’ajout du « s ».

À noter que, Mettre un mot en guillemets dans une phrase veut dire entre autres que ce mot est d’une langue étrangère ; ce qui est différent pour les mots emprunts.

Il faut cependant souligner qu’en Martinique, certains auteurs écrivent Lakou avec S. Selon Myrtô Ribal-Rilos, chercheur en Langues et cultures régionales, qui a mené une étude portant sur des lakous en Martinique : le « lakou est un espace en marge entre le rural et l’urbain permettant à des personnes en provenance de la campagne de se loger à moindre frais. Ces espaces se retrouvent dans toutes les villes des anciennes dépendances coloniales. » Le lakou n’est donc pas une spécificité martiniquaise. Il en existe en Guadeloupe, en Haïti, en Guyane, dans l’Océan Indien… Il convient cependant de noter que le mot lakou ne désigne pas exactement les mêmes réalités selon le territoire où l’on se trouve. Ce qui est le cas en Guadeloupe ou en Haïti.

Konpè Filo nous a « quittés ». Quelle est l’orthographe correcte du verbe « quitter » dans cette phrase ?

« Il nous a quittés », cette phrase informe que quelqu’un est parti, déplacé ou décédé. Dans le cas des mots du président, il annonce que « Konpè Filo est mort ». « Il » ici remplace Konpè Filo. Pourquoi donc ajouter « s » dans « quittés » ? Que dit la règle ?

En effet, « quittés » ici est le participe passé du verbe « quitter ». Il est employé avec l’auxiliaire avoir en genre et en nombre avec le complément d’objet direct (cod), si celui-ci est placé avant le verbe. Il a quitté qui ? « Nous » (masculin pluriel). Donc, « quittés » est dans le tweet employé avec « nous » qui est le cod de la phrase. D’où la marque du pluriel dans le participe passé du verbe « quitter ». Il nous a quittés est grammaticalement correct. Il nous a quittés et il nous a parlé.

Nota Bene : Nous dans la majorité des cas est masculin. Si on se refère à la règle de la grammaire française stipulant que : « le masculin l’emporte sur le féminin (l’adjectif qui qualifie plusieurs noms de genres différents s’accorde automatiquement au masculin). Toutefois, si le « nous » utilisé dans le tweet du président n’avait représenté que des femmes, il aurait écrit : « il nous a quittées ».

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