«Que pensez-vous des élections en Haïti?»

Des citoyens de la capitale se sont prononcés ce vendredi 4 septembre 2020 sur les élections dans le pays. Différents arguments sont avancés pour répondre à une seule et même question. Néanmoins, l’ensemble des opinions coïncide. Les circonstances actuelles ne sont point favorables au scrutin, soutiennent ces nationaux.

Port-au-Prince, le 4 septembre 2020_ Les violons s’accordent pratiquement toutes. Les élections réalisées en Haïti vont de paire avec la « corruption », laissent entendre plusieurs citoyens invités à se prononcer sur la pratique de ces dernières.

Pour cette revendeuse s’exprimant sous couvert d’anonymat, « Il est toujours question de fraude et de violence lorsqu’il s’agit d’aller voter en Haïti ». Un fait qui se répète quasiment depuis les élections de 1957 avec François Duvalier, a-t-elle ajouté.

Père de famille, survivant grâce au revenu de sa machine à coudre, Boss Sanon rejette d’un revers de main cette idée. Selon lui, les élections sont « une mascarade pour faire perdre du temps au peuple ». Cependant, cela n’a jamais été plus flagrant que lors des joutes électorales de 2010 et de 2015 ayant respectivement conduit à l’avènement au pouvoir de Michel J. Martelly et de Jovenel Moïse. « Nous avons mieux à gérer », martèle cette fois-ci un marchand de boissons gazeuses préoccupé par sa vente.

« Tout citoyen honnête devrait s’interdire de parler d’élections dans ce pays », poursuit notre sujet. Pour s’expliquer, le dénommé Jean a mentionné les modes de gestion des centres de vote qu’il dit être généralement l’affaire des bandits. Ces derniers sont accusés d’être, le plus souvent, à l’origine de désordre au niveau des bureaux de vote. Or, « le pays tout entier est gangstérisé ». À le croire, ce ne seront pas les votes du peuple qui éliront les candidats, mais plutôt, sera élu le candidat qui aura placé le plus de bandits dans les centres de vote.

En tant que mémorand en Histoire à l’Ecole Normale Supérieure, Jules a lui-même évoqué la fin du règne dictatorial des Duvalier pour parler de la votation comme symbole de Démocratie. Défendant l’idée de l’impossibilité de la réalisation des élections dans le pays, il met en évidence plusieurs éléments pour asseoir son argumentaire. Les élections, rappelle-t-il, doivent être réalisées de manière périodique.

Le rappel de cette « transition sans fin depuis 1986 » effectué, Jules souligne également la main mise de l’International dans les élections par son financement. « Cette forme de participation constitue l’un des meilleurs moyens pour l’International d’appuyer le candidat représentant son propre intérêt ».

De surcroît, il y a le manque de confiance des citoyens dans la probité des dirigeants manifesté par un faible taux de leur participation au scrutin. Celui-ci n’a « jamais été ni honnête, ni crédible, ni démocratique. Ce qui fait que le doute plane toujours sur les élus », prononce-t-il. Et puisque le peuple n’a pas foi en ce gouvernement, avoir des élections est donc inconcevable. La difficulté à constituer un Conseil Électoral Provisoire, le taux croissant de criminalité ainsi que la question de la carte (Dermalogue) en seraient des preuves parmi tant d’autres.

Les élections sont la forme de corruption et de gabegie la plus aboutie. Et s’il est vrai que certains avouent ne pas connaître la porte de sortie à cette crise, d’autres le croient fermement. Il faut, pour sauver le pays, une véritable transition mais non à la Privert.

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