«La justice haïtienne, souillée, n’a jamais été indépendante», prouve clairement PM Jouthe

Sur odre du Premier ministre Joseph Jouthe, les cinq policiers de l’UDMO détenus au Pénitencier National par le Commissaire du gouvernement Me Ducarmel Gabriel ont été libérés ce samedi 12 septembre 2020. Ils ont été appréhendés dans le cadre d’une enquête criminelle autour de l’assassinat du Bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince Me Monferrier Dorval et le cambriolage de sa résidence privée à Pèlerin 5. Selon plus d’un, c’est un signe qui prouve clairement que la justice haïtienne a toujours été sous la dépendance du pouvoir exécutif.

La justice haïtienne avait saisi le dossier des cinq policiers devant surveiller la résidence principale de Me Monferrier Dorval après son assassinat. Sur ordre de Me Ducarmel Gabriel, chef a.i du Parquet de Port-au-Prince, ces agents de l’ordre ont été arrêtés puis transférés au Pénitencier National. Le chef du gouvernement haïtien, sans respecter la liberté des trois pouvoirs, a ordonné via une émission sur Caraïbes FM leur libération. Chose qui a été faite quelque temps après. D’où la nécessité de se demander si, en Haïti, les trois pouvoirs sont réellement séparés et indépendants comme recommande Montesquieu dans «l’Esprit des lois».

La séparation des pouvoirs ne concerne pas que l’État au sens strict. Mais d’une manière générale, tout organe chargé de trancher entre plusieurs parties afin d’éviter les collusions et les conflits d’intérêts doit donc rechercher l’impartialité dans ses décisions. Le pouvoir arrête le pouvoir.

Il est vrai que le dossier n’a pas suivi son cours normal. Les policiers devraient être d’abord entendus à l’Inspection Générale de la Police pour ensuite être transférés à la Justice s’il sont coupables des faits reprochés. L’idée du Premier Ministre a été bonne, il voulait peut être éviter que des présumés innocents croupissent en prison arbitrairement. Cependant, il faut admettre que la forme a biaisé le fond. Joseph Jouthe, en tant que chef du Gouvernement et de fait, membre du pouvoir exécutif, devrait laisser la voie libre au pouvoir judiciaire afin d’agir «comme une femme aux yeux bandés». Aussi, ayant commis un acte pénal si grave, Me Ducarmel Gabriel devait-il être encore au Parquet de Port-au-Prince?

Si le Président Jovenel Moïse avait affirmé avoir nommé 50 juges «corrompus» dans le système, cet acte odieux vient de montrer une fois de plus que la Justice haïtienne est à genoux, souillée et même scandalisée ou du moins n’existe plus. Triste réalité. Sans une justice forte et équitable, il ne pourra jamais y avoir d’État de droit d’autant plus, les prisons d’Haïti seront toujours remplies d’individus en détention préventive. Une gifle pour notre justice, un scandale de trop.

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