Le bluff des manifestations dites populaires en Haïti!

(TripFoumi Enfo) – Peut-on vraiment changer un pays par des manifestations dites populaires? Taratata! Cette question me taraude et tourne en boule l’esprit depuis des lustres. Aujourd’hui, à la lumière du vécu collectif traditionnel haïtien, je décide de l’aborder pour voir si c’est possible d’y apporter un quelconque élément de réponse.

Je fais le choix de commencer le corps de mon article en affirmant que le droit à la manifestation, dans l’ordre juridique capitaliste moderne, est un droit positif, c’est-à-dire un droit sciemment et stratégiquement pensé, réfléchi, proclamé ou consacré par les États dits démocratiques. Étant un droit tel, le droit à la manifestation participe d’un plan global de contrôle social établi par les États pour illusionner leurs sujets politiques respectifs. Autrement dit, le système fait savoir au peuple qu’il a le droit d’exprimer son désaccord avec lui en exerçant un prétendu droit à la manifestation qu’il définit lui-même pour ce dernier. En effet, en définissant pour le peuple son droit de manifester, le système, n’étant ni auto-destructeur ni imbécile, contrôle et neutralise toutes les propensions au changement qu’exprime le peuple à travers l’exercice de son soit-disant droit à la manifestation, soit par de petites réformes insignifiantes, soit par des promesses non tenues. Donc, étant par nature toujours hostile au changement, le système tombe automatiquement en conflit d’intérêt avec le peuple qui rêve de se réaliser par le changement réel de sa condition d’existence. De ce fait, manifester devient, dans ce cas, agir dans le plan du système.

Dans quel sens?

Rappelons que le droit à la manifestation populaire fait partie intégrante du lot des droits posés par le système lui-même qui n’est pas du tout suicidaire. C’est un droit pro-système, car stratégiquement élaboré par celui-ci qui garde toujours son conatus (Spinoza), c’est-à-dire son désir de toujours continuer à persévérer dans son être. En clair, parce qu’il tend toujours vers son auto-conservation, le système demeure toujours contre tout changement pour le peuple, car changer la réalité du peuple c’est détruire le système lui-même. En effet, sachant que les doléances formulées par ce peuple manifestant seront portées devant lui pour l’aider à mieux asseoir son pouvoir décisionnel devenu illégitime pour cause de mauvaise gouvernance, ce dernier, quand le peuple devient insatisfait de sa performance, appelle celui-ci à la manifestation, sorte de stratégie efficace de survie systémique.

En outre, ce droit à la manifestation, selon ce que j’en comprends, loin d’être un gage de changement, est une pure illusion politique, car il ne vise nullement la transformation des conditions d’existence du sujet politique populaire en Haïti. Dans ce cas, manifester ce n’est pas changer; c’est plutôt remplir une formalité systémique contre l’intérêt du peuple. C’est aussi donner au peuple l’illusion que le système est à son écoute, c’est-à-dire prêt à satisfaire ses revendications. Cependant, le système fait manifester le peuple qui délégitime son action pour mieux le porter à légitimer son pouvoir décisionnel sur lui et contre lui. Autrement dit, manifester c’est légitimer le système, car, en plus du devoir constitutionnel de notification du parcours de la manifestation à la police du système que les manifestants légitiment inconciemment en remplissant cette formalité prévue par la constitution du système en Haïti, c’est encore devant lui que ces derniers doivent aller déposer leur cahier de doléances.

Somme toute, en Haïti, la finalité de toute manifestation populaire prévue par la constitution du système, vise toujours la défense subtile de l’intérêt de celui-ci contre celui du peuple haïtien, l’éternel perdant . De ce fait, le changement du système traditionnel rétrograde l’haïtien et ne pourra jamais être le fruit des manifestations populaires prévues par le système haïtien lui-même dans son cadre légalo-constitutionnel néo-conservateur. En fait, le changement d’Haïti doit passer par l’action révolutionnaire populaire structurée et organisée. Celle-ci doit être radicale, continue, simultanée et diversifiée. Sinon, rendez-moi fou ou sage, vous vous emberlificotez grandement sur le principe du changement de notre réalité sociétale, car vous ne faîtes que faire jusqu’à présent le jeu classique et subtil du système.Tout ceci pour dire que notre prétendue opposition politique traditionnelle bien connue n’a rien d’anti-systémique. C’est plutôt, pour vous dire ce que constate ma raison analytique, une opposition par le système pour le système.

Dessalines ne fut point un manifestant du système, mais plutôt un révolutionnaire radical qui n’eut aucun parcours de manifestation à notifier à la police coloniale.

Jeunesse intellectuelle de mon pays natal, réveille-toi pour l’action révolutionnaire structurée et organisée!

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