De quoi Facebook est-il le nom aujourd’hui ?

(TripFoumi Enfo) – C’est Roger McNamee, un investisseur américain qui vient de publier un livre dont le titre est très évocateur : « Facebook une catastrophe annoncée ». Robert McNamee est un ancien conseiller du PDG de Facebook, Mc Zuckerberg. Il est l’un des pionniers de cette plateforme. C’est-à-dire, il fut dans le secret des dieux. Dans ce livre, McNamee fait un ensemble de révélations qui portent à questionner l’utilisation massive et les mécanismes de fonctionnement de ce géant de la Silicon Valley. Par ces révélations, l’investisseur américain fait une critique assez acerbe contre les organisations high-tech qui selon lui représentent une menace criante pour la démocratie dans le monde. Roger McNamee donne bon nombre d’informations à ce sujet, tout en évoquant du moins sur un ton très affirmatif les élections américaines. Il révèle que les russes ont pu s’ingérer dans la présidentielle américaine ayant opposé Donald Trump et Hillary R. Clinton, en manipulant les données électorales américaines. De quoi saper les bases mêmes de la démocratie moderne axée sur la souveraineté électorale.

Il n’y a pas que cela. Il évoque en outre tout un éventail de faits et d’évènements liés au piratage de données par des hackers ou par des réseaux malveillants dont Facebook serait le seul responsable. Pour avoir été l’un des collaborateurs proches de MC Zuckerberg, McNamee sait bien de quoi il parle. Selon lui, Facebook considéré au départ, comme un réseau social ludique, a délaissé ses valeurs fondamentales au profit d’objectifs commerciaux dangereux, dit-il.

Rappelons que Facebook fait partie des GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), qui forment actuellement les réseaux numériques les plus puissants du monde, totalisant un revenu de plusieurs centaines de milliards de dollars. Facebook à lui seul a une valeur commerciale évaluée à 48,5 milliards de dollars. Selon les dernières estimations, les GAFA engrangent des fortunes colossales, se taillant la plus grande place du marché financier mondial. En bref, ce sont ces plateformes numériques qui contrôlent le monde d’aujourd’hui.

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On a fait cette récapitulation pour attirer l’attention sur ce phénomène planétaire qu’est devenu Facebook aujourd’hui et pour proposer des garde-fous, vu le danger qui plane sur l’avenir de la démocratie dans le monde. En effet, nous sommes plus de cent millions dans le monde à utiliser Facebook. C’est-à-dire, une grande partie de la population mondiale est connectée et capable de partager beaucoup de choses, raconter des histoires, partager des émotions etc. C’est vrai, avant Facebook, il y avait plein de plateformes en ligne, mais Facebook est le premier médium du web 2.0 à avoir une telle capacité de rassemblement et d’influence. Il participe en ce sens, à l’idée de l’homogénéisation des cultures, ce qui correspond à la vision et l’idéal d’un monde mondialisé. Facebook est certes sans conteste, l’une des entreprises les plus influentes de l’histoire, mais ses défaillances ont des impacts profonds sur la démocratie.

En quoi Facebook serait une menace pour la démocratie ?

Larry Diamond, professeur à l’Université de Stanford indique que la démocratie repose sur quatre piliers : des élections libres et justes, la participation active des citoyens à la vie civique, la protection des droits de la personne par tous les citoyens, la primauté de la loi- qui implique l’égalité de tous les citoyens devant l’application des lois et des procédures. Le professeur Diamond rejoint un peu la conception du sociologue français Allain Touraine, sur la démocratie. On ne retiendra, dans le cadre de cette petite réflexion, que les deux premiers éléments.

En effet, en matière d’élections libres, le tableau est bien sombre, nous dit Roger McNamee. En 2016, tel que mentionné au début, les russes avaient manipulé et piraté Facebook, mais aussi Twitter, pour s’ingérer dans les élections américaines. Ils manipulaient les données électorales américaines pour influencer les résultats des élections. Ces mêmes russes qui désormais veulent avoir le contrôle du monde cherchaient à s’ingérer dans des élections européennes, en tentant plusieurs fois d’influencer leurs scrutins dont le référendum européen sur le Brexit. La faiblesse affichée par cette plateforme profitant à des tiers saborde les bases de la démocratie surtout en matière d’indépendance électorale. C’est une question qui doit préoccuper et interpeller les citoyens ainsi que les élites dirigeantes.

Et en terme de participation active des citoyens à la vie civique de la cité, voilà la plus grande catastrophe. Facebook, trop préoccupé par le gain économique, ouvre le champ à un consumérisme stupide et ainsi pousse les gens au désengagement civique. Cette plateforme empiffre les utilisateurs de contenus qui sont loin de pouvoir leur conférer un esprit critique et une conscience citoyenne. La plateforme de Zuckerberg devient, pour reprendre les mots du sociologue Phillipe Breton, la spiritualité du nouveau millénaire. Une forme de religion qui endoctrine, où l’esprit des gens reste confiné dans un éternel présent de distraction. Facebook exerce et impose donc sa tyrannie, en contrôlant le comportement des individus par des algorithmes. À travers certains paramètres de fonctionnalité, cette plateforme détermine les besoins des utilisateurs. C’est ainsi que l’addiction constatée aujourd’hui se crée. Dans un tel contexte, la société du spectacle au sens de Guy Debord est bel et bien mise en œuvre. Les gens deviennent des spectateurs, mais aussi des fabricants de spectacles. L’empire facebooke les écarte de leur devoir civique, les éloigne au fur et à mesure de leur responsabilité historique.

La participation citoyenne, c’est aussi initier des débats et prendre part à des discussions éclairées. Mais malheureusement, Facebook mine toute démarche discursive, toute idée de former un vrai espace public dans le sens habermassien du terme. L’autonomie et la liberté des utilisateurs les portent à émettre n’importe quelle opinion, diffuser n’importe quel contenu. Ce phénomène de l’egodiffusion fait sombrer dans la désinformation et dans l’intoxication. N’importe qui peut dire n’importe quoi sans aucun risque de censure. C’est là que se pose le problème de la régulation. Le respect de l’autre est banni. Les injures, les insultes, les propos haineux ne sont pas censurés. Avec un smartphone tout le monde est journaliste. L’instantanéité, l’impulsif l’emporte sur la réflexion, la pensée structurée. C’est encore pire dans des pays où les taux de chômage, d’analphabétisme sont très élevés, où l’accès aux loisirs est inexistant. Les gens utilisent la plateforme non seulement comme exutoire, mais comme un espace où dégager leurs frustrations. Assez souvent cela se fait à travers une approche de la trivialité, en dehors de toute démarche argumentative. Ignacio Ramonet dirait que ce n’est qu’une boite à excréments où tous les déchets sont déversés. Dans cet espace de dissonance argumentative, aucune discussion constructive sérieuse qui peut faire avancer la démocratie n’est possible.

En outre, la démocratie suggère la construction du collectif au-delà de l’agrégation des individualités. Or, Facebook, au lieu de mobiliser les individualités dans le but de fabriquer du collectif ouvre plutôt le champ à un individualisme qui courtise le narcissisme. Les fonctionnalités de Facebook alimentent un culte du m’as-tu vu, enfonçant l’individu dans un monde de bisounours et d’illusions. Un monde trompeur. Dans ce contexte, le désir de paraitre l’emporte sur l’être, la vulgarité prime sur la décence, bref des valeurs comme l’esprit critique, la curiosité intellectuelle, l’esprit d’ouverture, sont de moins en moins valorisées. L’espace cède au contraire le pas à des exhibitions, matérielles, corporelles, assez souvent indécentes, mais aussi et surtout trompeuses. C’est un espace trompe-l’œil, surtout avec les possibilités de « filtrage d’images ». Cet univers fantaisiste ne fait créer ce que l’écrivain haïtien Lionel Trouillot nommerait des « individualités monstrueuses ». Ce qui fait que les relations tissées sur Facebook sont loin d’être des liens de solidarité et d’entraide solides, nécessaires à la construction de nos sociétés.

Somme toute, Facebook a révolutionné le système de connexion sociale via l’internet. On lui reconnait cette vertu de faciliter l’inter connexion des individus et des cultures, mais n’empêche que le tournant qu’il prend aujourd’hui soit une catastrophe pour la démocratie et pour le monde. Car, facilitant l’ingérence dans les affaires internes des États, devenant une bastion d’obscénité, une source d’addiction, et alimentant un narcissisme aveugle et aveuglant, tout en dissuadant toute participation citoyenne, c’est-à-dire, la formation d’hommes et de femmes responsables conscients de la nécessité de faire bouger la société, la plateforme Facebook a failli à sa mission pour devenir une menace pour l’État moderne. C’est pourquoi, pour éviter le pire, avant qu’il ne soit trop tard, cela doit interpeller les élites et les autorités étatiques qui doivent nécessairement agir pour changer les choses. Aussi faudrait-il bien qu’on développe une nouvelle approche des réseaux sociaux, une approche axée sur l’humain et sur la citoyenneté. D’où revient l’idée de la régulation, sinon celle de l’imposition de certaines restrictions aux utilisateurs aussi bien qu’aux responsables des high-techs. Il y va de l’avenir de nos sociétés et de la formation d’une nouvelle génération pour bâtir le futur autrement.

John Wesley DELVA,

  Références bibliographiques 

Guy, D. (1992). La société du spectacle. Folio essais.
McNamee, R. (2019). Facebook : une catastrophe annoncée. Edito.
Pillon, A. (2008). Sociologie des médias du Québec : de la presse écrite à internet. Éditions Saint Martin.
Ramonet. I. (1999). La tyrannie de la communication. Gallimard

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