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Il n’est plus neurologue, c’est un Premier Ministre. Et, ce peut-être mieux, ce peut-être pire !

(TripFoumi Enfo) – Une petite histoire. Elle est drôle et triste en même temps. Drôle, parce que le pays est une scène de théâtre sur laquelle jouent les plus piètres comédiens de la vie politique haïtienne. Triste, parce que j’aurais pu perdre maman pour un rien. Faute d’incompétence ou de méchanceté ? Je ne sais pas trop. Peut-être un miracle a dû se produire ce jour-là. Mais, attendu que je suis dans le domaine de la médecine, donc de la science, je me préserve du droit de parler de miracle.

  1. J’avais une amie qui m’était proche. Une bonne amie. Elle m’a proposé un neurologue pour la maladie de maman. Maman avait un mal sacré. Elle était épileptique. Mais, après un accident qu’elle a eu à Fond-des-blancs en 2014, son cas s’était empiré. L’épilepsie se débouchait souvent sur un délire interprétatif, construit sur une perception faussée de la réalité. Peur me prenait depuis. Je faisais feu de tout bois pour trouver une solution à sa maladie. C’est ainsi que l’heureux hasard m’a mis sur le chemin de la dame qui, à la suite de quoi, m’a proposé de consulter le neurologue Henry.

Arrivé dans la clinique d’Ariel Henry, accompagné de ma très chère et tendre amie à l’époque, je suis tombé sur une personne froide, fenêtres fermées sur tout ce qui pouvait être marqué d’empathie. Il avait ausculté maman, en cinq secondes. Puis, il nous a demandé de lui apporter un scanner cérébral et rachidien.

Nous l’avions fait. Mais je ne savais pas comment lire un scanner cérébral. Aucun de nous le savait. Il nous fallait la lecture et le regard de l’expert Henry. Je n’ai jamais autant eu peur de toute ma vie. La peur me fit dire à mon amie d’aller toute seule à la clinique pour remettre le scanner aux mains du monsieur. Ce qu’elle avait fait.

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Le lendemain, elle m’invita au restau. J’y allais pour. Ce fut une routine entre nous aussi. Nous passions le plus clair de notre temps au bar, entre quatre yeux de tendresse, de fous rires et d’amour fou. Mais ce jour-là, elle me convia au bar pour m’annoncer une nouvelle triste. Elle m’a dit que monsieur Henry lui avait appris que maman avait une tumeur au niveau du cerveau qu’il fallait extirper au plus vite. Je n’ai pas pu retenir mes larmes. J’ai pleuré. Comment annoncer ça à maman aussi ?

Je suis arrivé chez moi, tout peiné, j’ai appelé maman, et je lui ai annoncé la nouvelle. Elle m’a dit, plutôt mourir que de faire une opération au cerveau en Haïti. J’avais essayé de la persuader, mais en pure perte. Au final, nous nous sommes dit qu’il serait mieux d’attendre que nous eussions de quoi nous envoler dans d’autres pays pour mener à bien l’opération. Entre-temps, la comitialité de maman et son cortège de psychose à l’époque, s’empirait.

Deux ans après, soit en 2018, quelqu’un nous parlait de l’hôpital de Mirebalais. Je m’y étais rendu avec maman, non sans le scanner cérébral en main. Arrivé là-bas, j’ai remis le scanner au “docteur”, je lui ai expliqué tout le tralala que disait le neurologue Henry à mon amie. Le médecin, par la suite, a mis le scanner en examen et il tirait une conséquence autre que celle de M. Henry. Il a dit que maman n’avait aucune éminence au cerveau. Nouvelle qui nous a soulagés. Mais, en même temps, j’étais dubitatif quant à la conclusion du médecin : Lequel croire entre deux scientifiques purs, qui tiraient à conséquence deux résultats différents ? Je ne sais pas. Mais il est avéré que maman se porte mieux depuis un bout et elle ne présente aucun signe de tumeur jusqu’à présent.

Quant à monsieur Henry, il n’a plus son séant sur le fauteuil de sa clinique, il est aujourd’hui “Premier Ministre” de notre cher pays. Malheureusement pour lui, c’est aussi un pays qui est en proie à toutes sortes de maladies. Du reste, comment parviendra-t-il à mettre sa compétence de neurologue en action, pour sauver ce pays de son problème anatomique, physiologique et pathologique ? Son éventuelle réponse : Non, on ne dirige pas un pays avec la neurologie, aurait-il raison de nous dire. Il a besoin de son intelligence qu’il en a su faire bon usage dans son métier de neurologue. La politique s’en occupera du reste.

Abdoul Feczil
[email protected]

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