Éditorial

Éditorial | Nos artistes haïtiens, talentueux et prolifiques, certes, mais après, à quoi servent-ils?

(TripFoumi Enfo)- Le quotidien haïtien fait peur, assombrissant l’avenir à un point tel que l’espoir s’est barré longtemps. Les paroles motivantes sont pratiquement désuètes, les efforts et les ambitions positives sont méprisables, l’Haïtien n’a plus la tête à penser à demain et pour demain. Penser à semer la graine de la relève à l’intention des générations futures importe peu. Face à une évidence aussi criante, nombreux sont les secteurs phares à être sollicités, implorant d’eux un mot rassembleur, une parole qui puisse influencer, un discours nouveau, une action concrète : une expression patriotique quoi. L’influence doit servir au bien, peut-on croire. Et des influenceurs, nous en avons des tonnes en Haïti. Ils sont partout : dans la politique, les affaires, l’art, notamment la musique… C’est donc celle-ci qui va nous intéresser dans cet article qui n’a aucune prétention de censure.

HMI (Haitian Music Industry), ce terme est développé et utilisé depuis quelque temps en Haïti. Certains artistes sont plus « hmiens » que d’autres, quoiqu’il en soit, c’est une industrie qui marche, en dépit de tous les problèmes socio-politiques et économiques du pays. En Haïti, les sujets développés par les artistes musicaux sont divers et variés : relation sentimentale, argent, plaisir, entre autres. Certaines fois, quoique rares, Haïti est chantée mais on n’en fait pas des tubes. Ne nous attardons pas là-dessus.

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Nos artistes musicaux, permettez-nous de le répéter, sont prolifiques, talentueux et sont donc de véritables influenceurs. Une coupe de cheveux, un tic du langage, une façon de porter les vêtements ou un slogan même sans fond font des disciples. Personne ne va vraiment les condamner, sinon une remise en question de leur éducation, mais là, ce serait remonter trop loin dans le passé. Cependant, nous sommes en droit de nous demander pourquoi ils ne s’en servent pas – leur influence – pour aider à la cause haïtienne.

Beaucoup de nos artistes sont appréciés sur la quasi totalité du territoire, leur musique envahit presque tout l’espace territorial, faisant des fans dans tous les secteurs. Toutefois, ils invitent plus au superficiel qu’à la réflexion sur l’existentialisme, sur l’être haïtien, sur la véritable mission de ce valeureux peuple dans le monde. Ils préfèrent prioriser le plaisir même lorsque l’heure est aux pleurs et à la méditation.

De l’avis de bon nombre d’Haïtiens, la période carnavalesque aurait dû servir de tremplin aux initiatives patriotiques, mais nombreux de ces artistes ont favorisé le plaisir, l’expression inopportune du corps. Aucun d’eux ne s’est dit que c’était le moment de bouder cette activité, de se rassembler et de poser un ultimatum à l’État, d’inviter les individus armés à reconsidérer leur comportement, certains de ceux-ci auraient peut-être obéi, car ils sont des fans. Enfin, qui sait ? On ne saura peut-être jamais, puisque nos artistes bienheureux, qui choisissent d’aller performer en République voisine plutôt que d’agir en faveur du public haïtien qui a contribué à leur succès, s’en foutent.

Quand Haïti se trouve pile en travers de leur « business », certains de nos artistes choisissent de la piétiner pour se rendre de l’autre côté. Et le plus triste, ce sont les plus influents qui salissent autant la grandeur de notre peuple. Dommage !

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