L’administration Moise/Jouthe a planté de l’eau pour récolter du sang

(TripFoumi Enfo) – Face à l’insécurité qui sévit dans la République depuis des lustres… qui peut, qui ose prétendre être en sécurité ? Bâtonnier, professeurs d’Universités, enseignants, étudiants, avocats, écrivains, policiers, intellectuels, écoliers, fonctionnaires, bébés, adultes, enfants, poètes, syndicalistes, journalistes, entrepreneurs… personne n’est à l’abri. Nous sommes tous « bannann » dans la République bananière. On dirait même que la campagne de « plante dlo » lancée par l’administration Moïse-Jouthe commence à récolter sa semence : celle du robinet de sang qui coule à flots dans tous les recoins du pays.

Le 16 septembre 2019, au cours d’une protestation organisée par des membres de la population pour dénoncer la rareté de carburant sur le marché national, la cherté de la vie et réclamer la démission du Président de la République, Jovenel Moïse, Vladimir Fédé, un jeune Carrefourois, a été abattu par des agents de l’ordre alors qu’il allait chercher sa fille à l’école. Il s’est agenouillé et a tourné le dos avec les deux mains en l’air, le policier lui a malgré tout logé deux balles dans ses torses.

Sans tarder, l’Inspection Générale de la Police Nationale d’Haïti (IGPNH) a annoncé l’ouverture d’une enquête. Le porte-parole adjoint de l’IGPNH, Benjamin Jean-Claude, a informé que sur les cinq (5) agents de l’institution policière qui faisaient partie de la patrouille dépêchée sur les lieux de la protestation, quatre (4) sont placés en isolement et leurs armes ont été confisquées puis envoyées à la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) pour la balistique. Mais à quelle fin ? Jusqu’à date, aucune information supplémentaire entourant le dossier n’est encore communiquée au public.

Directrice d’école, professeure de littérature, poétesse, auteure du recueil de poèmes : Itinéraire Zéro, publié en 1995, Farah-Martine Lhérisson a été assassinée dans son domicile à Pegguy-Ville le 15 juin dernier. Son mari, l’ingénieur Lamothe Lavoisier lui aussi n’a pas eu la chance de sortir vivant du drame et leur fils de 12 ans, quant à lui, a eu la vie sauve mais a quand même été touché de plusieurs projectiles.

Le 24 janvier 2020, une fillette de 14 ans a été tuée dans la localité de Lassère dans la commune de la Croix-des-Bouquets accompagnée de son père, un ex policier qui venait de la chercher à l’école.

Le 15 juillet 2020, Merry Djuna Fleurimond, un bébé de 8 mois a été assassiné par des gangs armés de Cité Soleil. Selon les habitants de ce bidonville, cet enfant a été abattu par les hommes armés d’Iska qui est un allié du G-9.

Le nommé Godson Joseph, un autre bébé de 4 mois, a été également tombé sous les balles assassines le lundi 3 août 2020 par des bandits armés faisant partie du gang dénommé « 400 Marozo » opérant sur la route nationale numéro 8 dans la commune de Ganthier à hauteur de Papaye.

Un agent de sécurité rapprochée de Youri Latortue, ancien président du sénat haïtien, Dirogène Elias (Dit Ricot)
a été assassiné à Delmas au moment où celui-ci s’apprêtait à monter à bord de sa voiture pour regagner son domicile. La DCPJ va devoir ajouter son nom, criblé d’une vingtaine de balles, dans la liste des enquêtes « qui se poursuivent éternellement ».

Maculé de sang, une trace de projectile au milieu de la tête, le corps sans vie de Samul Mucal a été retrouvé dans les parages du Champ-de-mars le 25 août dernier. Il a été enlevé 5 jours avant par un agent de la Brigade d’Intervention Motorisée (BIM), alors que la victime tentait vainement de convaincre l’agent qui le pourchassait qu’il était un étudiant de l’UEH et non un bandit. Pour preuve, il lui avait présenté sa carte d’étudiant. Le feu Mucal était étudiant mémorant à la Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV/UEH).

Le 28 août dernier fut la première fois dans toute l’histoire nationale où un bâtonnier de l’Ordre des Avocats est tombé sous les balles assassines des bandits armés du pays. Qui pis est, le drame a eu lieu à un jet de pierre de la résidence privée du Président de la République, Jovenel Moïse. Alors que Pèlerin aurait du être le quartier le plus protégé du pays.

La DCPJ a ouvert une enquête entourant le dossier comme d’habitude. Mais elle s’est arrêtée à mis chemin en publiant le « rapport d’enquête abracadabrant, incomplet » sur l’assassinat du professeur. Du coup, quelques assassins présumés du bâtonnier ont été appréhendés, alors que le ou les auteurs intellectuels du crime sont toujours méconnus.

La liste des victimes se poursuit. En effet, le 2 octobre dernier, l’étudiant Grégory Saint Hilaire a été abattu d’une balle dans le dos par un agent de la sécurité présidentielle (USGPN) alors qu’il se trouvait encore à l’enceinte même de son établissement universitaire : École Normale Supérieure (ENS), à laquelle faculté il était étudiant finissant en Sciences Sociales.

Si ceux-là qui l’ont froidement abattu étaient armés jusqu’aux dents, le pauvre Grégory n’avait que pour armes ses livres, ses cahiers et ses plumes. Grandi à Village de Dieu, un quartier réputé dangereux, mais il a laissé sa peau pour avoir choisi le chemin de l’Université au détriment du gangstérisme face auquel il s’exposait quotidiennement dans la zone qui l’a vu grandir.

Glezil Jean Rozner est le nom de cet agent de l’Unité de la Sécurité Générale du Palais National (USGPN) qui a été lâchement assassiné dans la nuit du 14 octobre par ses frères d’armes sous les yeux complices du Directeur Général la PNH, Rameau Normil et du DCPA Berson Soljour. Un “autogoal” bien évidemment. La cohorte de policiers qui était à sa trousse se croyait être en présence de Ti Junior, membre du G9. La victime a tenté en vain de prouver qu’il était un policier. Mais on l’a quand même abattu. Une énième preuve qui montre le manque de professionnalisme de la PNH, une institution déjà en péril.

Le 29 octobre dernier, Evelyne Sincère, une jeune de 22 ans du Lycée Jacques Roumain de Martissant a été enlevée contre rançon à Delmas. Une somme de 100 000 dollars américains a été réclamée par ses ravisseurs en échange de sa libération. Très tôt dans la matinée de dimanche 1er novembre son corps sans vie a été retrouvé sur une décharge à ordure à Delmas 24,
alors que ses parents s’étaient mis d’accord pour verser 15 000 dollars HT le lendemain du drame.

Nancy Dorleans & Sébastien Petit (danseurs et chorégraphes), Pierre Édouard Roisier dit Maïkadou (le maquilleur des stars), Badou Jean (militant Politique), Michel Saeh (entrepreneur), Vladimir Legagneur (photo-journaliste à LoopHaïti), Rospide Pétion dit Douze de RSF, Néhémie Joseph (Journaliste de Panic FM et Méga) et j’en passe. La liste est longue et loin d’être exhaustive.

Mais face à tout cela, le meilleur plaisir du ministre de la justice, du Premier ministre, du ministre de l’intérieur… est de Twitter pour souhaiter condoléances aux familles, ami.e.s et proches des victimes. La chanson préférée du président « bannann » est de chanter qu’il a passé l’ordre formel ou Instructions formelles aux autorités pour mettre hors d’état de nuire les voyous, les malfrats qui sèment le deuil au sein de la population.

Ont-ils oublié qu’ils ont tous été mandatés pour garantir la paix publique au sein de leur population ? Ou, ont-ils fait exprès de prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages ?

De quelque façon que cela soit, c’est évident que la « plantation d’eau » mise en oeuvre par le pouvoir en place commence à porter fruit : celui du robinet de sang qui coule à foison dans la République.

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