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Éditorial | Ici, le chaos est jouissif

Cela avait l’air d’un fait purement insolite en 2011, la nouvelle de l’élection de Michel Martelly comme président d’Haïti, première république noire du monde moderne. L’improbable. Près de dix ans après son passage à la plus haute fonction de l’État, la machine du malheur de la population continue sa course avec une vitesse de croisière vers les bas-fonds de l’inacceptable. Présenté comme sauveur, alors que le peuple haïtien tentait de se relever sous les décombres du tremblement de terre du 12 janvier 2010, Michel Martelly, alias Sweet Micky, en 5 ans de pouvoir n’a fait qu’acculer Haïti vers le cahos. Pour preuve, simplement, parce qu’aujourd’hui, on n’arrive toujours pas à panser la plaie cancéreuse martellyste qui s’installe presque dans tout le corps de la société haïtienne. Petit à petit, la machine du cahos poursuit sa route et ce n’est pas le pire, à ce qu’il paraît, pour certains.

Le système, mis en place dans le pays, cherche toujours un modus fascendi pour se renouveler. Ce faisant, les affamés continuent d’empocher de l’argent facile venant des caisses de l’État haïtien à travers des taxes prélevées sur la population haïtienne. Pour que les soiffards puissent étancher leur soif, ils ont créé un cercle infernal, encore au détriment des misérables, des va-nu-pieds, des damnés et des bossales, où ils se réinventent une vie meilleure à chaque fois : corruption, corruption et corruption. Ils en jouissent. Ici, le chaos est jouissif, pour reprendre une phrase de la feu poétesse Jessica Nazaire.

La mise à mal des institutions

Les bandits légaux prennent les rênes du pouvoir politique en Haïti depuis environ une décennie. Au fur et à mesure, ils mettent leurs empreintes dedans et ce, en dehors des normes constitutionnelles et institutionnelles du pays. La première institution à être vendalisée et piétinée par les Tèt Kale, c’était le parlement haïtien avec bien sûr l’arrestation du député en fonction d’alors, Arnel Bélizaire. Depuis, les institutions publiques commencent à recevoir la marque de fabrique martellyste : corruption. Corruption. Donc, la Justice n’est plus. Le dernier coup fatal porté par les bandits légaux, ceci est plus que vrai, est la destruction de la Police Nationale d’Haïti et la création du G-9, une coalition de neuf groupes armés dans le pays.

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La situation d’aujourd’hui

Presque tous les indicateurs socio-économiques du pays sont au rouge. L’insécurité, le kidnapping et l’inflation sont autant de maux auxquels se trouvent confrontés plus de 10 millions d’Haïtiens actuellement. Mais, il y a un petit groupe qui se la coule douce dans le pays et qui n’a jamais manifesté, à aucun moment, ne serait-ce l’envie de quitter Haïti, contrairement aux gens de la classe prolétarienne qui cherchent par tous les moyens à quitter la terre que leur ont laissée leurs ancêtres. Entre-temps, la machine du cahos poursuit sa route et cela profite bien à certaines gens.

PHTK et l’opposition, deux têtes, une même vision

L’arrivée de Jovenel Moïse, choisi par Sweet Micky, a ouvert la voie à une possibilité de dialogue entre tous les secteurs de la vie nationale. En vain ! Du haut de son trône, le truvien a choisi la route menant vers le chaos au mépris de la constitution et des désidératas du peuple haïtien. On se souvient du fameux budget dit criminel de son administration. On se souvient du programme baptisé « Karavàn Chanjman ». Entre-temps, certains acteurs politiques cherchaient à se constituer comme force de l’opposition politique pour faire obstacle aux différentes décisions jugées mauvaises de l’administration Moïse. Que ce soit dans l’aile dure de l’oppostion ou l’opposition modérée, aucun d’entre eux n’arrivait à couper court au projet ethno-suicidaire de Jovenel Moïse. Malgré une série de manifestations soldée sur l’épisode « Peyi lòk », Jovenel Moïse, rebelle comme lui seul, continuait de mener le pays vers le chemin du chaos. 7 juillet 2021, le 58e président d’Haïti est assissiné chez lui, et, quelques mois après, une grande partie de l’oppostion politique s’allie au PTHK pour se partager le gateau du pouvoir politique. Les problèmes restent les mêmes en Haïti, voire pires, et les Tèt Kale rejoints par une bonne partie de l’ancienne opposition politique prennent du bon temps désormais.

Haïti, on peut le dire sans ambages, souffre d’un système qui se renouvelle dans le cahos et cela, depuis des lustres. Croyez-vous que cela n’est pas profitable à un groupe spécifique ? Pourquoi, malgré cette situation lamentable à laquelle fait face Haïti, certaines personnes continuent de faire construire des banques commerciales et multiplier les succursales sur le territoire ? Pourquoi ceux qui détiennent des supermarchés continuent s’agrandir ? Pourquoi les concessionaires de véhicules ne ferment pas leurs portes ? Pourquoi les chaînes d’hôtel continuent de fonctionner alors que le pays est au bord du précipice. Une phrase pour résumer tout ça : « Ici, le chaos est jouissif !

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