Séquestration, viol, torture, meurtre… On se souvient encore de la fin tragique d’Evelyne Sincère

(TripFoumi Enfo) – Gouvernements après gouvernements, accords après accords… le climat sécuritaire ne change toujours pas. Au contraire, la descente aux enfers continue.

Un premier novembre, la lumière du soleil commençait à peine à s’abattre sur Haïti. C’était le premier dimanche du mois de novembre. La fête des morts. Dans un coin pas trop reculé à Delmas 24, un corps sans vie a été remarqué par les passants dans une décharge à ordures. C’était le cadavre d’Evelyne Sincère, une jeune fille de 22 ans venant à peine de subir les épreuves de la terminale.

Nue, genoux pliés, allongée de profil sur un amas d’immondices, Enette Sincère, la grande sœur de la victime, a reçu un appel téléphonique dans la matinée du 1er novembre où les ravisseurs lui ont appris que le corps inerte de la jeune de 22 ans a été balancé à Delmas 24. Evelyne Sincère n’est plus. Jamais elle reverra ses parents, ses amis et ses camarades de classe.

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Trois jours plus tôt, soit le 29 octobre 2020, elle a été kidnappée. Un enlèvement survenu au dernier jour des examens du baccalauréat. Avant même les enquêtes de la police judiciaire, sa sœur aînée avait déjà publié une vidéo dans laquelle elle supposait qu’Evelyne avait été séquestrée par son petit ami. « On m’a dit qu’elle a été chez un gars qui l’a saoulée ».

Vaines négociations

Après l’enlèvement, les ravisseurs ont appelé Enette Sincère par téléphone lui informant que sa sœurette est entre leurs mains. En échange de sa libération, ils exigent 100.000 dollars US. Au début, ils ne comptaient pas en obtenir moins. Mais après maintes négociations, ils se sont arrêtés à 15.000, exigeant toutefois de ne pas attendre le lundi 2 novembre.

Séquestration, viol, torture, meurtre… On se souvient encore de la fin tragique d'Evelyne Sincère

Selon Obed Joseph, Evelyne Sincère lui avait dit que son père était un responsable d’église et possédait un magasin de pièces automobiles. Donc, il avait de l’argent. Selon leurs dires, ils espéraient que le père d’Evelyne Sincère serait en mesure de donner l’argent qu’ils allaient réclamer.

En vrai, le père d’Evelyne était un détaillant. Il vendait de l’eau en sachet avant de s’adonner au commerce du pain en détail. Il n’avait donc pas les moyens exigés par les kidnappeurs. Mais cela n’avait pas empêché à Enette de mener une course contre la montre pour obtenir la rançon exigée par les malfrats.

Les kidnappeurs, privés de toute compassion, ont quand même ôté la vie de la jeune écolière. «J’ai demandé grâce. Ils l’ont quand même tuée », pleure sa sœur complètement dépravée à la vue du cadavre à Delmas 24. Obed ne pensait pas qu’Evelyne lui aurait facilement identifié de visage en cas de poursuite, puisqu’ils s’étaient rencontrés quelques jours plutôt sur Facebook. C’est en découvrant qu’il s’était trompé qu’il a peut-être choisi de la tuer.

Jean Flaury Raymond, juge de paix de la commune de Delmas qui était chargé du constat légal des faits, conclut que Mlle Sincère a été battue à mort, particulièrement au niveau de la plante du pied droit. Son vagin était aussi enflé, toujours dit-il, d’où la thèse de viol à répétition. Il y avait aussi des contusions au niveau du bras gauche, du dos et des fesses. C’est confirmé. La jeune de 22 ans a été sévèrement maltraitée avant de succomber à la mort.

Les avœux

Après la mort tragique d’Evelyne Sincère, un avis de recherche a été lancé par les autorités contre Obed Joseph surnommé Kiki, suspect numéro un du drame. Jimmy Cherizier dit Barbecue, membre du G9 activement recherché par la Police, a présenté un direct sur Facebook apprenant qu’Obed Joseph est entre ses mains. Il l’a arrêté, dit-il. Dans la nuit du 4 novembre 2020, Kiki est livré aux forces de l’ordre.

Séquestration, viol, torture, meurtre… On se souvient encore de la fin tragique d'Evelyne Sincère

En Haïti, la loi reconnaît qu’un citoyen peut arrêter toute personne faisant l’objet d’un avis de recherche. Sauf que cela devient compliqué quand c’est un présumé bandit activement recherché selon la DCPJ, qui a aidé la police à appréhender un autre présumé bandit. L’ancien policier Jimmy Cherizier est recherché par la PNH pour les différents massacres auxquels il aurait participés dans plusieurs quartiers populaires du pays et, entre autres, infractions pénales reprochées.

Après l’interpellation d’Obed, la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) n’avait pas tardé à procéder à l’arrestation de trois autres suspects accusés dans la mort tragique d’Evelyne Sincère. C’était le 9 novembre. Il s’agit des nommés Michel Jerry Domerçant, 22 ans, son frère Evald Domerçant, 27 ans, et une jeune femme, petite amie d’Evald Domerçant.

Selon leur récit des faits, Obed Joseph avait rencontré Evelyne Sincère quelques jours plutôt sur Facebook. Ils sont donc devenus amis. Le 29 octobre 2020, ils se sont rencontrés à Carrefour de l’aéroport. Informés, ses deux complices qui étaient fauchés ont décidé de séquestrer la jeune femme à Nazon en échange de rançon. Les trois présumés auteurs de ce crime qui a provoqué des remous dans la société ont raconté les derniers instants de la jeune femme.

« On l’a séquestrée et gardée dans une maison à Nazon », a fait savoir Obed Joseph, qui dit avoir aidé à immobiliser la victime alors que Michel plaquait un oreiller sur sa tête pour l’étouffer. Son frère Evald lui avait déjà donné à boire un cocktail fait de marijuana et de poison. Michel a rétorqué en disant qu’Obed, en plus de l’oreiller sur son visage, a serré ses mains sur son cou pour l’étrangler.

Toutefois, ils jettent d’un revers de main les allégations faisant croire qu’ils avaient violé la victime avant de l’avoir tuée. De son côté, la concubine d’Evald, elle aussi appréhendée pour son implication présumée dans ce carnage, nie y avoir pris part. Mais cela n’empêche pas qu’ils soient tous accusés d’enlèvement contre rançon, de séquestration, de viol, d’homicide volontaire et d’association de malfaiteurs.

De vibrants hommages

Depuis la découverte du cadavre de l’ancienne élève de Philo/NS4 de la promotion Sagace (2019-2020) au Lycée Jacques Roumain de Martissant, une quantité de commentaires exprimant peine, frustrations et colère a envahi les réseaux sociaux. Toutes les couches étaient visiblement touchées par l’atrocité de l’acte. Majoritairement des jeunes, ceux-ci ne mesurent nullement leurs propos pour dénoncer un crime odieux, et relancer un appel au réveil citoyen.

Séquestration, viol, torture, meurtre… On se souvient encore de la fin tragique d'Evelyne Sincère

Yeux bandés, bouches bridées et mains liées, des dizaines d’internautes ont lancé un challenge sur la toile. Jeunes, adultes, enfants… même les bébés y ont été remarqués. Cette nouvelle posture était une forme de protestation dénonçant l’insécurité généralisée. C’était aussi une occasion pour eux de montrer leur indignation face à la mort tragique de la jeune écolière. Ils ont condamné avec véhémence ce crime crapuleux et appelé les autorités judiciaires et policières à assumer leur responsabilité vis-à-vis de la population.

Dans la foulée, des dizaines de résidents de la zone, en signe de solidarité, ont vidé l’espace de ces décharges à ordures, exactement l’endroit où le corps sans vie de la jeune Evelyne a été jeté. Ils ont peint en forme de graffiti le portrait de la jeune de 22 ans. Sans tarder, des artistes comme Roody Roodboy, Blondedy Ferdinand, Vanessa Désiré, Tafa Mi-Solèy, Darline Desca entre autres, se sont rendus sur les lieux le 6 novembre pour rendre un vibrant hommage à la défunte. Ils y ont allumé des bougies et y ont déposé des gerbes de fleurs.

À chacun son tour

La fin tragique qu’a connue Evelyne Sincère n’est pas la première sur la liste. D’autres personnes en ont vécu pareil avant elle ; certaines plus atroces que d’autres. C’est le cas de Farah Kerbie Dessources, une jeune écolière de 20 ans. Tout comme Evelyne Sincère, elle était en terminale. Elle a été kidnappée, séquestrée, violemment torturée puis assassinée en novembre 2006.

Étrange coïncidence : tout comme les ravisseurs d’Evelyne Sincère, ceux de Farah Dessources ont appelé ses parents lui informant que la dépouille de leur fille est jetée à Santo 3. Comme argument, ils disent que c’est parce qu’ils ont mis la police au courant. « Ou te mete twòp moun sou dosye a. Ou te avèti la polis. Nou vide l atè pou ou nan Santo 3 ». On l’a ainsi retrouvée avec les deux yeux crevés. Deux des kidnappeurs avaient été par la suite appréhendés.

La situation était à peu près la même pour Lencie S. Mirville. Étudiante en agronomie à l’Université Quisqueya, la jeune femme de 23 ans a été kidnappée, séquestrée, torturée puis tuée en décembre 2015. Son corps inerte a été balancé dans un ravin sur la route de l’Amitié malgré le versement d’une rançon de 50 000 dollars US. Sur son visage, il y avait des bleus et sur ses lèvres des traces de sang. On l’a retrouvée avec un bras fracturé. Un mécanicien de la famille avait été arrêté comme suspect numéro un dans cette affaire.

Séquestration, viol, torture, meurtre… On se souvient encore de la fin tragique d'Evelyne Sincère

En février 2020, Olsmina Jean-Méus, une fillette de 5 ans, a été retrouvée morte sur une décharge à ordures à Pon Breya, Martissan. Nadège Saint-Hilaire, mère de la victime, témoigne avoir reçu un appel des ravisseurs lui demandant une rançon de 40.000 dollars US contre la libération de la petite. Marchande de pistache de son état, elle était dans l’impossibilité de répondre à cette exigence. Sans hésitation aucune, les kidnappeurs ont ôté la vie de sa fille. Son cadavre a été découvert avec une corde nouée autour du cou. La fillette de 5 ans semble avoir été tuée des suites d’une pendaison.

Année après année, les mêmes crimes persistent. Malgré les différents gouvernements, les accords signés… rien ne change. Mais le peuple s’y habitue. L’insécurité est devenue un mode de vie. Hier, c’était Evelyne Sincère, une écolière de 22 ans, à fleur de l’âge qui apprenait à peine à connaître la vie ; l’autre c’était cette fillette de 5 ans dont le plus grand crime était de voir le jour en Haïti ; aujourd’hui c’est le professeur Patrice Derenoncourt qui avait choisi de ne pas fuir sa terre malgré l’insécurité ; demain ce sera le tour de qui ? De Tijan, Janèt… qui sait ? À chacun son tour. La descente aux enfers continue.

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