Éditorial

Éditorial | «L’éviction de Jovenel Moïse du pouvoir ouvrira une nouvelle page», qu’il fut beau, ce mensonge!

(TripFoumi Enfo) – Dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, Haïti a connu un tournant marquant dans son histoire, ponctué par le magnicide perpétré contre l’ancien locataire du palais présidentiel, M. Jovenel Moïse. Assassiné dans un contexte sociopolitique très précaire, plus d’un croyait que la mort du 58ème Chef d’État haïtien allait paver la voie à une nouvelle réalité : celle d’un dialogue franc et sincère capable de remettre le pays sur la voie de la stabilité, de la sécurité, mais aussi et surtout de la normalité constitutionnelle. Nommé peu de temps avant la mort de M. Moïse, Ariel Henry, imposé par la communauté internationale, a été vu comme le “Deus ex machina” qui viendrait pallier la grande crise multidimensionnelle qui rongeait le pays. Face au constat qu’aucun groupe ne peut avoir la prétention de pouvoir résoudre seul le problème d’Haïti, la nécessité du consensus s’était imposée. Et depuis, trois accords majeurs ont été émergés et ont occupé les débats de l’espace public : celui du 11 septembre proposé par le gérant de la Primature, celui du 30 août signé à Montana, qui est l’apanage d’une très grande frange de l’ancienne opposition et enfin l’accord unitaire de Louisiane. Mais, bientôt huit mois après l’assassinat de Jovenel Moïse, le pays se range encore à l’enseigne de la vulnérabilité et on a comme l’impression que la nuit a campé son voile sur les démarches pour doter le pays d’un vrai et large consensus. Devons-nous accepter le fait que nous sommes finalement face à la mort des accords? Analysons ensemble…

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Si l’on remonte à l’orée de l’histoire de cette République, on verra qu’il n’a pas été toujours facile pour les acteurs politiques haïtiens de trouver un tandem sans l’intervention de la communauté internationale. Le “blanc” a tellement bien compris cette réalité qu’à chaque fois qu’il veut nous faire perdre du temps, il nous demande de nous asseoir et trouver ensemble une solution consensuelle. Revenons-en au fait qu’aujourd’hui, la question des accords a presque perdu son sens et sa place dans l’actualité politique nationale.

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L’accord du 11 septembre

Signé dans une dynamique de donner à Ariel Henry un minimum de légitimité, l’accord du 11 septembre 2021 pour une gouvernance apaisée et efficiente est entré en vigueur dans un contexte de grandes tergiversations. Rejeté en grande partie par la société, ils sont nombreux, les signataires de ce dernier, à le dénoncer partout aujourd’hui. Selon eux, ce que le Premier ministre actuel et ses alliés font à la tête du pays ne reflète en rien la mise en application de ce pacte qui devait permettre la libération de tous les prisonniers politiques, rétablir la sécurité dans le pays, résoudre le problème de l’insécurité alimentaire et permettre au pays de retourner sur la voie de la normalité constitutionnelle. Après bientôt huit mois, seul à la tête de l’Exécutif, Ariel Henry n’a pas réussi à calmer les esprits. Au contraire, il est épinglé à plusieurs reprises dans des rapports d’organismes de défense de droits humains et des articles de presse comme l’un des complices clés de l’assassinat de Jovenel Moise.

Où sommes-nous aujourd’hui avec cet accord?

La réponse est simple. Même les plus fidèles alliés de M. Henry ne peuvent prétendre que ses actions sont inspirées par ce qui a été dit dans l’accord. D’où, de nombreuses analyses profondes montrent qu’à présent il n’existe plus, l’accord du 11 septembre, mais de préférence un certain neurochirurgien qui prend en otage le pouvoir, la sécurité de la population, et tout ce qui y est relatif.

Quid de l’accord du 30 août?

Signé par plus de cent cinquante partis et organisations politiques, ce dernier est l’apanage d’une frange considérable de l’ancienne opposition radicale et une très grande partie de la société civile. Pour plus d’un, parmi les alternatives qui sont sur la table, cet accord est le plus proche possible d’une solution consensuelle foncièrement haïtienne. En date du 30 janvier 2022, le Bureau de Suivi de ce pacte avait organisé des élections internes pour proposer à la République un président et un Premier ministre pour la transition “de rupture”. Aujourd’hui encore, aucun suivi n’est fait de ce scrutin. L’accord ne peut toujours pas entrer en vigueur. D’ailleurs, dans l’opinion, on entend parler de moins en moins de cette question. On a comme l’impression que les porteurs de cet accord pataugent dans la déception la plus totale. Est-ce qu’on peut encore attendre quelque chose de Montana? Pas sûr. L’histoire retiendra tout simplement qu’un groupe d’haïtiens avait tenté de proposer une solution haïtienne et que cela n’avait pas marché.

Qu’en est-il de l’accord unitaire de Louisiane?

Ce dernier est considéré par beaucoup de gens comme un accord mort-né qui n’était pas représentatif et qui d’ailleurs n’a jamais eu une importance énorme par rapport aux deux premiers. Toutefois, les porteurs dudit accord, par prétention peut-être, prônent l’idée selon laquelle le leur est plus inclusif que tous les autres et qu’il est le seul à accorder autant un droit de siège à la diaspora, trop longtemps exclue de la vie sociale et politique du pays. À la résultante de toutes les tergiversations autour de cet accord, nous pouvons accepter qu’il n’a aujourd’hui, comme les autres, aucune force d’imposition ni de réelle proposition. Donc, c’est un accord “fini” également.

Et le pays dans tout cela?

Si la solution à la crise que connaît le pays ne peut être l’affaire d’un petit groupe, cela sous-entend que nous devons inévitablement avoir recours au consensus. Or, les trois accords dominants sont morts et ne peuvent rien aujourd’hui. Cela veut dire tout simplement que le black-out gouvernemental sur la sécurité, la question alimentaire, le retour à la normalité constitutionnelle ne prendra pas fin un bon matin, comme par enchantement. Et de fait, la population sera pendant longtemps encore dans cette situation merdique. Joseph Lambert veut proposer un espace de dialogue aux différents acteurs au nom du Sénat de la République. Réussira-t-il dans sa démarche? On ne sait pas encore. Mais ce qui est certain, dans les prochains jours, on peut ne plus jamais entendre parler des accords de Montana, de Louisiane ou du 11 septembre.

Alors, sommes-nous face à une mort anticipée des accords dominants du débat post Jovenel Moïse ?

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